Un accord décisif pour le Climat dans le cadre de la COP 21 a-t-il été signé ?
Selon qu’on pense en relatif ou dans
l’absolu, deux lectures différentes de l’accord de Paris peuvent être faites.
(sources theguardian.com,greenpeace.fr, la-croix.com...)
Si l’on pense en relatif, on constate des avancées indéniables :
D’abord, contrairement à Copenhague, un
accord universel et contraignant, le
premier de l’histoire des négociations climatiques, a été adopté. Il s’agit
d’un acte historique pour la préservation de notre humanité, pour la
transformation du modèle économique mondial, pour la mise en œuvre sociale de
l’écologie.
Bonne surprise, le texte mentionne effectivement un seuil à 1,5°C qu’il faudrait tenter de ne pas dépasser comme objectif. La
question climatique s’installe durablement dans le paysage diplomatique : une
sorte de dynamique politique, au moins chez les élites, se forme.
La communauté internationale a su
s'entendre autour d'un accord que le président de la COP21, décrit comme
« différencié, juste, durable, dynamique, équilibré et juridiquement
contraignant ».
Dans cette optique, le texte prévoit que
toutes les parties, dès 2020, devront se retrouver tous les cinq ans, avec
obligation de renforcer leurs ambitions en matière de réduction des émissions
de gaz à effet de serre – les fameuses contributions nationales (ou INDC, dans
le jargon). Autant d’occasions pour la
société civile de faire entendre sa voix et pour les États de s’aligner avec
les évolutions sociales et technologiques en cours. Et surtout, de se
coordonner entre eux. En fait, la constitution de cet agenda va permettre
d’exercer une pression diplomatique – et publique – sur ceux qui ne font pas
les efforts requis.
Les 100 milliards de dollars par an à
fournir aux pays en développement sont considérés comme un minimum, qui devra
être réévalué, au plus tard en 2025. La question des pertes et préjudices, qui
concerne les pays les plus vulnérables,
est donc reconnue de manière permanente.
Ainsi la France a-t-elle été au cœur
d’une réussite diplomatique, d’un moment historique, d’une avancée écologique.
Aucun des pays participant n’a refusé de le signer, ce qui est une première
mondiale. Cette réussite engage, mais surtout rend possible, d’autres
étapes dans l’avenir, pour la concrétisation des objectifs de l’accord.
Mais si l’on
pense dans l’absolu, alors l’accord n’est pas à la hauteur. D’abord
parce que d’ici à 2020, nous restons avec les mêmes contributions nationales (INDC),
qui nous placent sur une trajectoire d’environ 3°C supplémentaires d’ici la fin
du siècle, nous faisant perdre un temps précieux et peut-être irrattrapable.
Pire, à cause de la pression exercée par les États-Unis, ces contributions
nationales ne sont pas formulés dans un langage juridiquement contraignant: libre à chaque État de proposer ce qu’il
veut et de le réaliser s’il le veut.
En outre, l’interprétation de l’article
4, sans doute l’un des articles primordiaux du texte, laisse perplexe. Celui-ci
fixe en effet l’objectif de long terme que
se donnent collectivement les pays. On y trouve la « vision de long terme » sur
laquelle devaient s’accorder les parties, condensée en une formule-clé : «
[Les États] doivent réduire rapidement les émissions de manière à parvenir à un
équilibre entre les émissions
d’origine humaine et leur stockage dans
la seconde moitié du siècle ».D’une part il n’est pas mentionné où se
trouve le point d’équilibre, d’autre part il n’est pas fait état de date
précise…
Enfin, cette formulation verse
implicitement dans une tendance vers « zéro émission nette » en matière de gaz à effet de serre, ce qui laisse la porte ouverte aux meilleures solutions
– les énergies renouvelables – comme aux
pires : le stockage de carbone, la géo ingénierie, les mécanismes de
compensation divers. Par conséquent,
elle ne suppose pas forcément de changer de système énergétique ou de modèle de
société. Tout dépend du sens qu’on veut bien lui donner – ce qui permet aux
pollueurs et à ceux qui défendent leurs intérêts, de leur donner le sens qu’ils
voudront bien lui donner. Pratique.
Par ailleurs, nulle sortie des énergies
fossiles n’est mentionnée explicitement, pas plus qu’une transition massive
vers les énergies renouvelables.
Et
si des financements pour l’adaptation des pays vulnérables au changement
climatique sont assurés jusqu’en 2025, l’objectif d’obtenir 100 milliards par
an ayant été prolongé, les choses demeurent très vagues sur le mécanisme qui
permettra de les mobiliser réellement.
Et la somme n’est pas à la hauteur. Selon l’ONG Oxfam, les pays en
développement vont en effet avoir besoin d’environ 800 milliards par an d’ici à
2050 pour s’adapter au dérèglement climatique. C’est un peu comme si la réalité du changement climatique, son impact sur des
millions d’existences précaires, n’étaient finalement pas pris en compte.
Enfin, la
question des droits humains est à peine esquissée en préambule, la question des
femmes oubliée, et des secteurs polluants de première importance, comme
l’aviation civile ou le transport maritime, ne sont pas inquiétés puisqu’il
n’est rien dit de la mobilité.
Pour le dire simplement : contrairement
à celui de Copenhague, l’accord de Paris offre un cadre et des perspectives.
Mais il est évident qu’aucun des négociateurs
du Bourget n’est rentré chez lui hier soir en se disant que l’accord sur lequel
il a travaillé pendant tout ce temps va suffire à limiter l’augmentation de la
température à 1,5°C ou même 2°C.
En
réalité, les résultats de cette COP21 n’empêcheront pas la multiplication de
phénomènes climatiques dangereux pour tous, et fatals pour certains.
Peut-être,
au regard de ces signaux parfois contradictoires et de ces perspectives
différentes, est-ce la formule du Guardian qui convient le mieux :
« En
comparaison de que cela aurait pu être, cet accord est un miracle. En
comparaison de ce qu’il aurait dû être, c’est un désastre ».
Localement :
Nous sommes tous les acteurs
principaux pour limiter le réchauffement climatique par nos gestes quotidiens
visant à réduire nos consommations d’énergies, à réduire notre production de
déchets, à favoriser les circuits courts…
En organisant annuellement une
Gratiféria, Union Pour l’Avenir agit
déjà en ce sens : la Gratiferia de Vaugneray permet de redonner vie à ce
qui n’est plus utile aux uns, et qui rend service aux autres.
Par-delà la Gratiferia, nous prendrons toujours fait et cause pour toute initiative
qui visera à améliorer notre impact environnemental, et nous poursuivrons notre
action en ce sens au sein du conseil municipal.