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samedi 31 août 2019

Non, les jeunes ne sont pas de plus en plus violents ! Dix idées reçues sur la délinquance des mineurs

d'après bastamag.net 25/07/2019
Les « jeunes délinquants » seraient plus violents, moins punis que leurs aînés. La justice serait à leur égard indulgente, lente, inefficace. Autant de préjugés non confirmés par les faits. Alors que la ministre Nicole Belloubet envisage de réformer par ordonnance la justice des enfants – donc sans débat parlementaire – voici dix idées reçues démontées par des professionnels du secteur.
Ce texte est issu du guide « Idées fausses sur la justice des mineurs : déminons le terrain ! 10 réponses pour en finir avec les préjugés ». Le texte complet est disponible à cette adresse.

Idée reçue n°1 : L’ordonnance du 2 février de 1945 [qui définit la justice des mineurs] n’est plus adaptée aux jeunes d’aujourd’hui

Le texte de 1945 [...] a été profondément réécrit au gré des alternances politiques. 90% de ses 80 articles ont été modifiés et, pour certains, plusieurs fois.
Certes il n’y a jamais eu de refonte globale et le texte est complexe car composé d’un mille feuille de dispositions votées par à coups. Pour autant sa philosophie reste aujourd’hui d’actualité. Elle repose sur quelques idées simples : un mineur délinquant est un enfant en danger, plus que l’acte ce qui importe c’est le contexte du passage à l’acte, un mineur est un être en évolution, les réponses éducatives doivent précéder toute réponse coercitive, la procédure et les peines doivent protéger la vie privée du mineur et permettre sa réinsertion. Certes les infractions ont changé, les mineurs – et les majeurs – ne sont plus les mêmes. Pour autant, ces grands principes d’hier restent contemporains. Sauf à considérer qu’un enfant délinquant n’est plus un enfant [1].

Idée reçue n°2 : Les jeunes entrent dans la délinquance de plus en plus tôt

Les délinquants sont « de plus en plus jeunes et de plus en plus violents » : On lit et on entend cela depuis (au moins) la fin du 19ème siècle. On pourrait donc s’attendre à ce que, bientôt, les nourrissons braquent les banques ! Si certaines données font apparaître un rajeunissement des délinquants ces vingt dernières années, c’est parce que les prises en charge des mineurs délinquants se font de plus en plus tôt, et non parce qu’il y a désormais des braqueurs de banque dès la maternelle ! Exemple : le harcèlement mobilise aujourd’hui les pouvoirs publics dès l’école primaire, cela ne signifie pas que les comportements concernés soient nouveaux ni plus nombreux.
Quant à l’évolution des modes d’éducation parentale et des relations entre adultes (plus d’anonymat, moins de solidarité) qui conduit parfois à un relâchement des cadres éducatifs et un affaiblissement de l’autorité des adultes, elle n’est pas centrale en matière de délinquance. Les jeunes qui basculent durablement dans la délinquance sont déterminés par d’autres facteurs : carences affectives précoces, violences intrafamiliales, échec scolaire, facteurs collectifs d’entraînement dans le quartier, absence de perspective d’insertion...
Aujourd’hui comme hier, ces « carrières délinquantes » (au sens d’un engagement durable et assumé dans la délinquance) se fixent en moyenne vers l’âge de 15 ans. Le débat public se désintéresse d’une autre question autant sinon plus importante : quand est-ce que la délinquance s’arrête ? Le chômage de masse qui frappe les jeunes peu ou pas diplômés constitue un obstacle majeur à la réinsertion. Il est ainsi probable que l’on assiste non pas à un rajeunissement mais plutôt à un vieillissement de la délinquance.

Idée reçue n°3 : La justice des mineurs est lente

Pour juger un jeune en devenir il est essentiel de comprendre sa situation familiale et sa personnalité par une évaluation approfondie, et de lui permettre d’évoluer dans le cadre de mesures d’accompagnement : suivi éducatif , dispositifs permettant d’engager une formation professionnelle, de travailler sur des addictions (cannabis, alcool, jeux vidéos...), parfois placement. Un temps de maturation est nécessaire pour que le mineur prenne conscience des conséquences de son acte pour les victimes, pour son entourage et puisse s’interroger sur les raisons de cet acte, mal être, difficultés à gérer ses émotions, influence du groupe...
Une sanction n’a évidemment de sens pour le jeune et pour la société que si cette prise de conscience est intervenue, permettant une insertion sociale de l’intéressé et une lutte efficace contre la récidive. Tout cela prend du temps, d’autant que le manque de moyens de certains services éducatifs et tribunaux peut aboutir à ce que le tribunal pour enfants ait des difficultés à juger toutes ses affaires dans le délai souhaité. Mais si le jugement de l’affaire a lieu lui plusieurs mois après la commission des faits, une réponse rapide est toujours donnée au mineur : rappels à la loi pour les petites affaires, convocations remises par les services de police, présentation du mineur au juge à la sortie de la garde à vue.
La première rencontre avec un éducateur et un juge des enfants intervient au plus tard dans les semaines suivant l’interpellation et permet de reprendre avec le mineur les conséquences de son acte et d’instaurer une évaluation, une réparation ou un suivi éducatif. Le mineur est informé ce jour là que le jugement dépendra de son évolution dans les mois suivants. En cas de suivi éducatif, le mineur et sa famille doivent rencontrer le service dans les cinq jours. La réponse donnée par la justice des mineurs est donc rapide malgré la pauvreté des moyens attribués.

Idée reçue n°4 : La justice des mineurs est laxiste et inefficace

Le taux de réponse pénale est plus élevé pour les mineurs que pour les majeurs. La société ne tolère plus les incivilités et le parquet ne classe quasiment plus d’affaires sans suite pour les mineurs. Les mesures éducatives sont exigeantes et parfois s’enchaînent : réparation pénale, suivi éducatif, activité de jour, placement en foyer, ou en centre éducatif renforcé. De véritables peines sont régulièrement prononcées par les tribunaux pour enfants. Les enfants peuvent aller en prison à partir de 13 ans, et 4703 peines d’emprisonnement ferme ont été prononcées à leur encontre en 2015.
A ce jour plus de 700 mineurs sont incarcérés, et parfois pour de longues années. Récemment, une cour d’assises a rejeté l’excuse de minorité pour condamner à la réclusion criminelle à perpétuité... sous les applaudissements du public. Cependant si la justice pénale des mineurs est efficace, ce n’est pas parce qu’elle est de plus en plus sévère, c’est grâce à la spécialisation des intervenants, à la prévention, à la prise de risque et à la diversité des réponses.

Idée reçue n°5 : Les filles sont plus violentes et de plus en plus nombreuses à commettre des délits

Les médias, ces dernières années, semblent être unanimes à montrer l’évolution explosive et dramatique de la violence et de la délinquance juvéniles féminines. On assisterait là, au mieux, à un effet logique de la fin de la différence des sexes, au pire, à une crise morale si profonde que même les filles deviendraient des sauvageonnes. En regardant les statistiques sur un temps long on observe en fait que les femmes et les filles sont ultra-minoritaires dans les statistiques de la délinquance. Pour les mineures cela oscillent entre 10 % et 15 % des poursuites, et moins de 2% pour l’incarcération et ce de manière fort stable. Ces chiffres attestent davantage des inflexions des politiques pénales que de l’évolution des illégalismes réellement commis.
L’annonce des chiffres de la délinquance féminine juvénile depuis 2010 témoigne surtout d’un emballement médiatique qui confine à la « panique morale ». En réalité, la violence des filles fait régulièrement événement dans l’histoire ce qui prouve qu’elle a toujours existé – elle est alors perçue comme une nouvelle menace. L’émotion que suscite son surgissement est à la hauteur de son invisibilité sociale, laquelle est avant tout la conséquence d’une domination politique. Reconnaître aux filles la possibilité de se comporter avec violence, ce serait aussi leur reconnaître un statut dans la cité.

Idée reçue n° 6 : Les enfants roms sont tous des voleurs

En Île-de-France, selon la police, sur l’ensemble des voleurs mineurs, ceux qui vivent en bidonville seraient 400. Rapporté au nombre d’enfants vivant dans la région en bidonville, qui ne sont pas tous des Roms, ce chiffre représente 5 à 10 %. La très grande majorité des enfants Roms, donc, ne sont pas des voleurs. Quand on étudie de plus près le phénomène des mineurs voleurs en Île de France, on s’aperçoit qu’ils viennent de quelques quartiers ou villages particuliers. Il y a ainsi 34 groupes en région parisienne, connus des services de police, qui pratiquent l’exploitation de jeunes enfants, les contraignant à la mendicité, au vol. On est là face à un phénomène de traite, comme il en existe dans d’autres populations, et qui devrait être combattu comme tel.
Mais la tendance est de plus en plus à considérer qu’on ne saurait être à la fois délinquant et en danger. Aucun mineur victime de vol forcé n’a jusqu’à présent été reconnu comme victime ! Et lorsque l’une de ces petites victimes est découverte, la « réponse » pénale apportée est généralement l’incarcération... non de l’adulte coupable d’avoir poussé, obligé au vol, mais de l’enfant ! Les enfants Roms victimes d’exploitation restent pour la plupart d’entre eux sans protection, ce qui permet d’entretenir le mythe, régulièrement réactivé, du Rom par nature voleur.

Idée reçue n°7 : Les jeunes délinquants sont tous originaires des quartiers populaires

Il existe plusieurs formes de délinquance juvénile :
- La délinquance « initiatique », qui implique des préadolescents et des adolescents originaires de tous les milieux sociaux, qui n’ont pas nécessairement de problèmes familiaux ni scolaires, mais qui, souvent sous la pression du groupe, commettent des transgressions. Bagarres, vols, dégradations... Les faits sont rarement graves mais cela concerne une bonne partie d’une classe d’âge.
- La délinquance « pathologique », qui concerne au contraire une petite minorité de jeunes qui ont des problèmes d’équilibre psychologique et de contrôle des émotions. Les causes sont d’ordre familial, elles s’enracinent dans diverses formes de carences et/ou de traumatismes vécus durant l’enfance (carences affectives précoces, violences psychologiques, physiques et/ou sexuelles...). Les psychologues en parlent mieux que les sociologues. Ces pathologies peuvent se rencontrer également dans tous les milieux sociaux mais elles sont plus fréquentes dans les familles pauvres car, comme l’ont montré de nombreuses études, la précarité désinsère les individus des normes et des rythmes de la vie sociale, elle les enferme dans leurs problèmes personnels et elle exacerbe les conflits conjugaux et familiaux.
- La délinquance « d’exclusion », qui concerne les grands adolescents et les jeunes adultes qui font véritablement carrière dans la délinquance, quelque part entre 15 et 30 ans, et qui constituent la « clientèle » ordinaire des services de police et de justice. Les jeunes de ce type sont clairement surreprésentés dans les quartiers populaires des villes et dans les familles pauvres des villages. La raison principale est qu’ils cumulent deux exclusions sociales. La première est l’exclusion scolaire (ce sont des jeunes précocement en échec), la seconde l’exclusion économique (ce sont des jeunes qui n’ont pas de véritables perspectives d’insertion professionnelle donc d’intégration sociale).

Idée reçue n°8 : Les mineurs étrangers isolés trichent sur leur situation

Le climat de suspicion qui sévit depuis plusieurs années en France tend à faire de tous les étrangers des fraudeurs dont le seul souci serait de profiter des avantages que leur procurerait leur statut. Les mineurs n’échappent pas à ces stéréotypes honteux, et pourtant... Le recours aux tests osseux est aujourd’hui la méthode la plus utilisée pour déterminer l’âge des mineurs qui sollicitent la prise en charge par l’État au titre de l’enfance en danger. Ils consistent essentiellement en une radiographie du poignet et de la main gauche de l’intéressé et une comparaison de ce document à un atlas de référence élaboré dans les années 1930 à partir de radiographies d’enfants et d’adolescents américains blancs issus de classes moyennes.
La liste est longue des institutions qui ont dénoncé le manque de fiabilité de ces tests osseux, dont il est avéré qu’ils intègrent une marge d’erreur d’au moins 18 mois [2]. D’ailleurs, les conclusions des rapports médicaux s’expriment toujours sous la forme d’une fourchette approximative « entre 17 et 22 ans ». Sage précaution mais lourde de conséquences, puisque selon que le juge retient la fourchette basse ou la fourchette haute, la minorité du jeune est reconnue ou non et sa prise en charge acceptée ou rejetée.
L’autre élément qui peut amener à considérer que le jeune « ment » repose sur l’examen des actes d’état civil qu’il présente. Souvent, les papiers détenus par le jeune sont considérés, à priori, comme faux, alors même qu’ils sont rédigés selon la forme en usage dans le pays concerné. Par ailleurs et dans tous les cas, la charge de la preuve en cas de contestation relative à un acte d’état civil étranger repose sur l’administration, c’est à dire sur la partie qui conteste la validité de l’acte. Dans les faits, le jeune mineur se trouve pourtant sommé de démentir les accusations de « falsification » dont il fait l’objet, alors même que de par sa situation même, il est souvent bien démuni pour entreprendre de telles démarches.

Idée reçue n°9 : La menace de peines lourdes peut enrayer la délinquance juvénile

L’idée commune selon laquelle un durcissement des peines permettrait de réduire la délinquance s’appuie entre autres sur une théorie criminologique dite « de la dissuasion ». Celle-ci postule que l’on peut empêcher quelqu’un de commettre un délit ou un crime par la crainte de ses conséquences. Cette représentation du délinquant est pourtant très éloignée des formes les plus concrètes de l’engagement (et du désengagement) des adolescents dans des carrières délinquantes.
Comme le concluait il y a maintenant plus de soixante ans la première vaste enquête sur le devenir des jeunes autrefois dits « anormaux », menée entre 1947 et 1950 par des psychiatres de l’enfance, les principaux facteurs de non engagement ou de désengagement de la délinquance sont à rechercher du côté des « événements de la vie » : mariage, possibilité d’étude, travail, etc. Ces résultats, inédits à l’époque mais aujourd’hui corroborés par de nombreux travaux sociologiques consacrés aux déviances et à la délinquance juvénile, ont justifié la mise en place d’un modèle de justice qui devait être prioritairement fondé, non sur la punition ou la menace de la punition, mais sur le suivi des jeunes aussi proche que possible de leur milieu habituel de vie, de manière à les accompagner dans leur passage vers la vie adulte.
Les travaux menés en sociologie de la prison permettent d’enfoncer le clou : loin de dissuader, l’incarcération tend, au contraire, à consolider l’identité délinquante de jeunes en quête de repères, tout en faisant obstacle, par la stigmatisation qu’elle produit, aux opportunités de réinsertion. Ainsi doit-on comprendre l’une des principales ambitions de l’ordonnance du 2 février 1945, consistant à inscrire dans le droit la nécessité d’une réflexion sur les origines socio-économiques et psychosociales de la délinquance juvénile.

Idée reçue n°10 : Un passage par la prison apportera aux jeunes un cadre et les remettra dans le droit chemin

Si le nombre de mineurs incarcérés reste globalement stable, la privation de liberté a pris de l’ampleur ces dernières années avec le basculement de certaines prises en charge du milieu ouvert sur des structures plus ou moins fermées. Le nombre de placements annuels en centres éducatifs fermés montre la place croissante accordée à l’enfermement dans la justice des mineurs, qui n’échappe pas au vent répressif qui souffle sur la justice pénale en général. Il semble ainsi admis que, pour certains, une incarcération permettra de mettre un coup d’arrêt à une carrière délinquante.
Mais le pédopsychiatre Boris Cyrulnik met en garde : si une coupure peut être utile, la prison est « la pire des réponses : elle provoque l’isolement sensoriel, l’arrêt de l’empathie, l’augmentation de l’angoisse, entretient les relations toxiques, l’humiliation ». Pour la juge des enfants Laurence Bellon, « concentrer en un même lieu une population uniquement constituée d’adolescents délinquants pose de très grandes difficultés ».
Des difficultés de prise en charge d’abord : proposer un travail éducatif individualisé dans un environnement où le collectif est omniprésent et entravé par des contraintes pénitentiaires s’avère compliqué. Ainsi, les mineurs détenus au Quartier mineurs de Fleury Mérogis n’ont en moyenne que deux à trois heures de cours par semaine et « une majorité reste en cellule une vingtaine d’heures par jour », précise une éducatrice de l’établissement.
Si les moyens investis dans les établissements pénitentiaires pour mineurs (EPM) créés par la loi de 2002 sont beaucoup plus conséquents, avec une prise en charge pluridisciplinaire, l’accompagnement se heurte tout de même à une logique pénitentiaire et à des contraintes organisationnelles importantes. Surtout, avec des durées de détention majoritairement inférieures à trois mois, l’impact sur la trajectoire des jeunes ne peut être que limité. « Le risque est de voir les enfants prendre les habitudes du milieu carcéral », pointe une éducatrice.
Un milieu carcéral est avant tout caractérisé par la violence, où les tensions et rapports de forces sont exacerbés. Un ancien détenu témoigne ainsi d’une ambiance tendue « toujours dans la provocation. Qui va s’imposer, être le plus gros caïd, qui a commis le pire ? » Au final, l’incarcération va le plus souvent avoir tendance à accélérer l’ancrage dans la délinquance : elle fragilise les liens familiaux, socialise dans un milieu criminogène, y confère un statut, etc. Selon une étude sur les sortants de prison, le taux de re-condamnation dans les cinq ans des mineurs est de l’ordre de 70%, plus élevé encore que chez les majeurs (63%).
Les « Idées fausses sur la justice des mineurs » sont une initiative soutenue par les syndicats FSU et UGFF-CGT, la Ligue des droits de l’Homme, l’Observatoire international des prisons, le Syndicat des avocats de France et le Syndicat de la magistrature. Le texte original est disponible à cette adresse.

Notes

[1De plus, cette ordonnance est un texte procédural, qui ne définit pas la délinquance ni les mineurs. Cette définition relève du code pénal, qui n’a cessé d’être modifié pour répondre aux évolutions de la délinquance en général et de celle des mineurs en particulier.
[2Parmi les institutions dénonciatrices de cette méthode, citons le Haut Conseil à la santé publique qui, en 2014, demandait carrément de la proscrire, mais aussi le Défenseur des droits et la Commission nationale consultative des droits de l’Homme... Une décision du Conseil constitutionnel du 21 mars 2019 sur les tests osseux rappelle toutes les conditions préalables avant qu’un juge puisse ordonner un test osseux, ainsi que les réserves qu’il convient d’appliquer (application de la marge d’erreur, ne pas tirer de conséquence d’un refus, etc).

    samedi 17 août 2019

    Comment survivre quand il ne se passe plus rien?

    Si vous êtes à Vaugneray ce weekend, vous avez sans doute remarqué combien le village semble en léthargie en ce moment, commerces fermés, rues calmes, stationnement  et circulation paisibles... 

    Comment survivre quand il ne se passe plus rien? 


    Commençons par nous cultiver ...
    Que savons-nous du 15 août qui nous offre un pont de 4 jours cette année? 
    227 ème jour de l'année, fête de l'Assomption pour les catholiques, de la Dormition pour les orthodoxes, jour férié dans une grande partie de l'Europe...

    Mais c'est aussi :
    - en 778 le jour de la  bataille de Roncevaux (Roland et son cor!)

    - en 1768 le jour du rattachement de la Corse à la France (on aurait pu ne pas avoir Napoléon! Il est né un an plus tard le 15 août 1769...)

    - en 1944 le début du débarquement en Provence...


    Le 15 août est aussi le sujet de nombreux dictons sur l'approche de l'automne:
    • « À la mi-août, les noisettes ont le ventre roux. »
    • « À la mi-août, adieu les beaux jours. » ou « à la mi-août, l’hiver est en route » ou « à la mi-août, l’hiver se noue. »
    • « Quand mi-août est bon, abondance à la maison » ou «  au 15 août, gros nuages en l’air, c’est la neige pour l’hiver. »
    • « Au 15 août, le coucou perd son chant ; c’est la caille qui le reprend. »
    • « Après le 15 août, lève la pierre, la fraîcheur est dessous.  »

    D'autres activités que la culture sont possibles:

    - Faire la grasse matinée!  Le 15 août est un jour férié, même le Président de la République est en vacances ce jour-là !

    - Aller à l'église. Que ce soit avant, pendant ou après la messe, l'église est une oasis de fraîcheur!

    - Profiter du calme ambiant pour s'essayer à la méditation,

    -Apprendre le latin, pour faire enfin la différence entre ascension et assomption. L’ascension, du latin ascendere (monter, s'élever), c'est pour quand Jésus monte au ciel après sa résurrection. L’assomption n’a rien à voir avec ça: Du latin assumere (action de prendre, d’enlever), elle correspond à l’enlèvement miraculeux de Marie vers le ciel.

    - Ecrire une vraie lettre à une vraie personne qu'on mettra dans une vraie enveloppe avec un vrai timbre...

    - Trouver une idée tout seul, comme un grand !

    - Se coucher tôt ! 

    samedi 10 août 2019

    L’espérance de vie en panne

    Après avoir augmenté de trente ans depuis le début du XXe siècle, l’espérance de vie plafonne en France depuis quatre ans, révélant une image peu rassurante de la société d’aujourd’hui.

    D'après Le Monde, Editorial du 19 février 2019 

    Depuis plus d’un siècle, l’augmentation quasi ininterrompue de l’espérance de vie a constitué dans les sociétés occidentales un indicateur essentiel de l’amélioration de l’existence. Malgré les guerres, les crises économiques, les épidémies, les doutes sur l’évolution de l’humanité, la perspective de vivre de plus en plus longtemps donnait le sentiment d’un continuum rassurant. Demain serait forcément meilleur puisque la mort était progressivement repoussée.

    Cette perspective a permis à certains progressistes invétérés de relativiser tous les fléaux, de la pollution chimique au réchauffement climatique, en passant par le creusement des inégalités. Quelle que soit la nature des menaces, chaque trimestre gagné était vécu comme une petite victoire de l’homme sur son destin.

    Pourtant, après avoir augmenté de trente ans depuis le début du XXe siècle, l’espérance de vie plafonne en France depuis quatre ans. Selon l’Insee, celle des hommes s’établit à 79,4 ans, contre 85,3 ans pour les femmes. Même l’indicateur d’« espérance de vie en bonne santé » fait du surplace depuis dix ans.

    Cette situation n'est pas propre à la France

    On peut se rassurer en constatant que le phénomène, bien qu’inédit, n’est pas propre à la France. En Allemagne, aux Pays-Bas, en Australie, en Grande-Bretagne, partout au sein du monde développé l’inflexion est sensible. Aux Etats-Unis, on observe même depuis trois ans un recul inquiétant de l’espérance de vie, notamment du fait d’une explosion des overdoses médicamenteuses, des suicides et des maladies chroniques provoquées par l’obésité.

    Le constat interroge d’autant plus en France que ces fléaux ont frappé dans des proportions moindres. L’une des hypothèses consiste à mettre en cause la convergence des modes de vie entre les hommes et les femmes. Ces dernières travaillent de plus en plus, dans des métiers de plus en plus stressants, tout en conservant une charge ménagère plus importante que les hommes, fument désormais presque autant, et voient finalement leur traditionnel avantage diminuer.

    Autre piste à ne pas négliger : le creusement des inégalités qui taraude les sociétés occidentales. Même si celui-ci reste moins marqué en France, l’Insee constate qu’un individu qui appartient à la catégorie des 5 % les plus pauvres a une espérance de vie inférieure de treize ans à un autre faisant partie des 5 % les plus riches. On imagine sans mal que le déclin des classes moyennes observé un peu partout ne peut que tirer l’ensemble vers le bas en termes d’espérance de vie.

    L’indicateur ne doit pas être interprété comme une anticipation du monde de demain, mais bien comme une photographie de la société d’aujourd’hui. Et celle-ci n’est pas très rassurante. Après la panne de l’ascenseur social, vivrait-on une « panne » de l’espérance de vie ? S’agit-il d’un simple passage à vide ou d’une crise plus profonde, maladie de civilisation faite de creusement des inégalités sociales, de crise environnementale, de ralentissement de la diffusion du progrès médical au plus grand nombre ? Est-ce carrément le signe que l’on s’approche des limites de la longévité humaine et que, sauf à se jeter dans les bras des apprentis sorciers post-humanistes, il faudra en prendre son parti ?

    Il est encore trop tôt pour le dire. Mais le temps où la croissance inexorable de l’espérance de vie permettait de tout justifier, ou du moins de nous rassurer collectivement, est derrière nous. 


    Cela doit nous inviter à réfléchir différemment sur l’évolution du monde fini dans lequel nous vivons...

    samedi 13 juillet 2019

    Téléphone au volant, adieu permis !

    Utiliser un téléphone au volant pourra entraîner le retrait du permis de conduire.


    d'après Actu 17 Y.C 9 juillet 2019, La Prévention Routière.fr

    Nouvelle étape  dans la lutte contre l'utilisation du téléphone au volant.
     
    Jusqu'à présent, un conducteur se servant de son smartphone encourt simplement une amende de 135 € ainsi qu'un retrait de trois points sur le permis de conduire. Une sanction certes dissuasive pour certains, mais visiblement pas pour tous. 70 % des Français utiliseraient leur portable en conduisant, selon un sondage mené par Axa Prévention!
    Pour lutter contre ce véritable fléau, qui touche tout le monde et partout, une nouvelle disposition de la loi d'Orientation des Mobilités (loi LOM) tout juste votée en première lecture à l'Assemblée nationale propose d'aller plus loin en retirant purement et simplement le permis de conduire aux contrevenants. 

    De plus en plus d'automobilistes utilisent leur téléphone au volant!

    Les automobilistes sont plus nombreux cette année à utiliser leur téléphone au volant selon les statistiques de la Société des autoroutes du Nord et de l’Est de la France (Sanef), 6% contre 3,7% en 2015. 
    Lire ou écrire un texto, un post sur les réseaux sociaux, ou seulement parcourir ses courriels, consulter une application GPS sans support pour fixer le téléphone, sont devenus des gestes anodins dans le quotidien de chacun. Ils peuvent cependant s’avérer dramatiques lorsqu’ils sont pratiqués en conduisant. Ces gestes obligent en effet à quitter la route des yeux au moins 5 secondes, soit une distance parcourue de 70 mètres en ville (à 50 km/h) et multiplient par 23 les risques d’accidents.
    Ces dernières années, le téléphone est devenu l’une des principales causes d’accidents sur la route avec la vitesse et l’alcool. 


    Le choix de la répression maximale

    Que dit précisément la loi LOM, actuellement en cours d'adoption? 
    Le retrait de permis aura lieu dans deux cas de figure:
    en cas d'accident ayant entraîné la mort d'une personne ou un dommage corporel, « lorsqu'il existe une ou plusieurs raisons plausibles de soupçonner que le conducteur a commis une infraction en matière d'usage du téléphone tenu en main »
    - ou « lorsqu'une infraction en matière d'usage du téléphone tenu en main est établie simultanément avec une infraction en matière de respect des règles de conduite des véhicules, de vitesse, de croisement, de dépassement, d'intersection et de priorités de passage ».

    « Puisque ça ne marche pas avec la contravention, on va augmenter d’une gamme », a déclaré Emmanuel Barbe, le délégué interministériel à la sécurité routière. « Si vous êtes en même temps avec le téléphone à la main et que vous avez glissé un stop, mordu une ligne blanche, fait un excès de vitesse ou que vous n’avez pas respecté les droits d’un piéton, vous risquez la suspension, le retrait immédiat du permis de conduire par les forces de l’ordre ».

    Mise en place fin 2019

    Une mesure qui sera probablement mise en place avant la fin de l’année 2019. 
    Elle s'appliquera donc d'une part aux accidents de personnes  et d'autre part aux infractions "couplées", c'est à dire commises en même temps que l'utilisation du téléphone au volant.


    Elle ne concernera pas l’utilisation du téléphone au volant dans les autres cas, qui resteront punis d’une contravention de 135 euros associée à un retrait de 3 points du permis de conduire. Mais ces cas devraient se faire rare: l'utilisation du téléphone entraîne fréquemment des erreurs de conduite même minimes et donc des infractions pour lesquelles il n'y aura plus d'indulgence...

    samedi 29 juin 2019

    Le foot féminin en France, du machisme à la reconnaissance !



    Les Bleues sélectionnées pour la coupe du monde (photo Eurosport)

    Organisée pour la première fois en France, la Coupe du monde féminine se tient depuis le 7 juin et ce jusqu'au 7 juillet prochain. Cette coupe du monde s'impose comme une belle vitrine pour les féminines du monte entier.
    A cette occasion, retour sur la longue marche du football féminin français.
    Dans l’histoire, les premières traces écrites de la pratique du football par des femmes en France datent de 1910.
    D'après Chloé Ronchin - CNews 24/05/2019
    UNE LENTE RECONNAISSANCE

    Longtemps dépendante de l’histoire sociale et culturelle, l’évolution du football féminin a connu une progression lente et difficile. Tandis que les femmes s’aventurent dans la pratique du football dès la fin du XIXème siècle en Angleterre, cette expérience s’est développée plus tardivement en France.

    C’est en Ecosse plus précisément que s’est déroulé le premier match de football féminin, le 7 mai 1881. En France, le Femina Sport, club pionnier du football féminin, voit le jour plus de 30 ans plus tard en 1912. Il faut encore 5 ans pour que la France organise le tout premier match de football féminin entre deux équipes du Femina Sport, le 30 septembre 1917, en pleine guerre. Le rôle décisionnel important joué par les femmes dans la vie quotidienne pendant que les hommes étaient au front, n'y est pas pour rien. 

    La dynamique se poursuit après la première guerre mondiale. La Fédération des sociétés féminines sportives de France organise le premier championnat de France de football féminin (FSSFS) en 1919. A l’époque, cet événement a fait la Une du «Petit Journal».

    UN SPORT DE TRADITION MASCULINE

    A partir de là, des associations féminines s'implantent alors dans tout l’Hexagone, principalement dans les villes du nord, à Rouen, Quevilly ou Reims, et, à un degré moindre, dans le sud, notamment à Nice ou Toulouse. Mais le football reste un territoire sexué peu féminisé.

    En France, le football féminin a connu une première période favorable à son essor durant l’entre-deux-guerres. A cette époque, il se légitime petit à petit et se fait connaître dans la région parisienne, principalement au sein des milieux populaires. Cependant, cette discipline fait l’objet de réticences de la part des journalistes et des joueurs dès 1920.
    Les joueuses  de l'équipe du Femina Sport, 1920. Wikicommons

    Le Championnat de France féminin s’arrête même en 1933. Alors que le régime de Vichy était plutôt favorable au sport féminin, il «interdit vigoureusement» la pratique du foot féminin en 1941, jugée «nocive pour les femmes». Après la 2ème guerre mondiale, le foot féminin stagne.

    UN TOURNANT DANS LES ANNÉES 1960

    Il a fallu attendre les années 1960 pour que le football féminin connaisse un premier développement, en corrélation avec le contexte culturel et social de la condition féminine à l’époque. Comme toute pratique sociale, le football féminin accompagne les transformations des rapports hommes/femmes dans la société.

    C’est à ce moment-là que la femme devient l’égal juridique de l’homme dans le couple, que la contraception est légalisée en France, et aussi que les événements de mai-juin 1968 bouleversent le pays.

    Avec cette crise, les femmes de mai 1968 rompent cette image de mères et gardiennes de foyers, et revendiquent le droit de disposer librement de leur corps. Cette période a marqué une rupture avec les codes sexuées de la société, tout en encourageant la pratique du foot féminin.

    SUR LE TERRAIN DE LA RECONNAISSANCE

    En 1965, une équipe de footballeuses se forme à Humbécourt, dans la Haute-Marne pour affronter l’équipe des pompiers du village. Le match se rejouera chaque année.
    A l’issue du premier match, les femmes l’emportent et c'est ainsi que la région Champagne-Ardenne est devenue le berceau de la renaissance du football féminin.

    C’est en 1968 que le Football Club féminin de Reims voit le jour suite à une annonce dans le quotidien «L’Union» : «Recherche des candidates footballeuses motivées», mentionnait-il. Les nouvelles recrues s’imposent devant plus de 6000 spectateurs, et remettent ça dès le lendemain lors de la kermesse de «L’Union», avec encore une victoire à la clé.
    photo AFP F. Nascembi

    Pendant 10 ans, l’équipe de Reims va faire le tour du monde, en Asie, aux Etats-Unis, au Canada, au Mexique pour promouvoir ce sport.

    LE SOUTIEN DES INSTITUTIONS

    Le dynamisme affiché par le football féminin au tournant des années 1960 et 1970  attire l'attention des institutions et les encourage à réagir.

    La Fédération Française de Football (FFF) intègre le football féminin et reconnait cette discipline le 28 mars 1970, tout comme l'Union of European Football Associations (UEFA) un an après, le 20 mars 1971.

    Dès lors, le foot féminin se dote peu à peu des mêmes règlements et des mêmes compétitions que les hommes, comme la Coupe du monde. 
    La première édition officielle de la Coupe du monde féminine s’est déroulée en 1991 en Chine, soit plus de vingt ans après la reconnaissance du football féminin.

    UNE NOUVELLE PAGE À ÉCRIRE LORS DE LA COUPE DU MONDE 2019

    Si leurs homologues masculins ont ajouté une deuxième étoile à leur maillot, la sélection féminine n’a pas encore ouvert son compteur au niveau international. 

    Leur meilleur performance remonte à 2011. Cette année-là, la France se qualifie pour les demi-finales en éliminant l'Angleterre 4 tirs au but à 3 (1-1 a.p.) en quarts de finale.
    En demi-finale, les Bleues sont éliminées par les États-Unis qui s'imposent 3 buts à 1 avant de subir une nouvelle défaite lors de la petite finale en s'inclinant 2 buts à 1 contre la Suède.

    Emmenée par l’ancien entraîneur du Paris Saint-Germain Philippe Bergeroo, la sélection tricolore est allée jusqu’en quart de finale contre l’Allemagne en 2015. Une contre-performance qui est venue s’ajouter à d’autres quarts de finale perdus : Euro 2009, 2013 et 2017.

    Cette année, incarnées par l’Olympique Lyonnais (Sarah Bouhaddi, Amandine Henry, Eugénie Le Sommer, Wendie Renard, …) - qui collectionne les trophées - les Bleues, entraînées par Jean-Luc Vasseur, ont une nouvelle fois atteint les quarts de finale contre les Etats-Unis (1-2).
    Elles ont lancé leur campagne le 7 juin au Parc des Princes (Paris) contre la Corée du Sud avant d'enchaîner par deux rencontres face à la Norvège et au Nigeria, puis le  Brésil. Mais vous connaissez tout cela par cœur... La belle aventure du Mondial 2019 s'arrête le 28 juin pour les Bleues, mais grâce à elles le foot féminin français va connaître un bel essor.

    Nul doute que l'USOL Foot comptera bientôt des équipes de filles...




    samedi 15 juin 2019

    Faut-il en finir avec l'homéopathie? Et avec les laboratoires Boiron à Messimy?

    Sasie par la ministre Agnès Buzyn, la Haute Autorité de Santé est chargée de trancher la question du déremboursement de l'homéopathie. Cette décision vient raviver un débat de deux siècles sur l'efficacité des thérapies alternatives à la médecine classique. Si certains médecins, à l'instar des membres du collectif Fakemed, assimilent ces pratiques à du charlatanisme, d'autres au contraire, défendent leur non-toxicité et leurs succès, fussent-ils dus à un effet placebo.

    Nous nous inspirons donc aujourd'hui d'un article du "1" du 10 juin (L. Greisamer), abordant une question de société qui touche chacun d'entre nous: Pour ou Contre l'homéopathie ?

    Quels sont les arguments des partisans de l’homéopathie ? 
    Et pour quelles raisons certains attaquent-ils cette discipline ? 


    Voici deux médecins aux avis très divergents, qui répondent aux mêmes questions: 
    POUR l'homéopathie : Charles Bentz, généraliste pratiquant l'homéopathie en Alsace, président du syndicat national des médecins homéopathes, et 
    CONTRE l'homéopathie: Benoît Viault, médecin urgentiste au CHU de Toulouse et membre du Collectif Fakemed demandant le déremboursement des médicaments homéopathiques.

    Pour quelle raison le débat sur l’homéopathie resurgit-il aujourd’hui ?

    Charles Bentz : Vous savez, des polémiques sur l’homéopathie, cela fait deux cents ans qu’il y en a. Dès l’origine ou presque, il y a eu de fortes contestations dans plusieurs pays européens. Au début du XIXe siècle, il y avait déjà eu un débat en France entre l’Académie de médecine et les tenants de l’homéopathie. Mais à l’époque, il y avait un ministre de l’Instruction publique compétent, M. François Guizot, qui avait pris une position relativement sage en déclarant que si l’homéopathie était une chimère, elle disparaîtrait d’elle-même et que, si ce n’était pas le cas, elle perdurerait. 
    Nous avons été surpris par la tribune des 124 signataires de la pétition du collectif Fakemed qui s’insurgeait contre la pratique de l’homéopathie et du remboursement de cette thérapeutique. D’autres thérapies naturelles étaient visées, mais le débat s’est cristallisé sur l’homéopathie. 
    Benoît Viault : Il n’y a pas eu un fait déclencheur unique. Au fil du temps, des médecins constataient que des patients qu’ils recevaient avaient fait l’objet d’erreurs de diagnostic ou d’erreurs thérapeutiques en lien avec l’homéopathie et avec d’autres médecines alternatives. Nous en parlions entre nous, puis le débat a eu lieu sur Twitter. À partir de ce moment-là, l’un des médecins a été contacté par Le Figaro pour écrire une tribune. Ce texte, signé au départ par 124 professionnels de la santé, a été rédigé de façon collaborative. Tout le débat sur l’homéopathie et le déremboursement est parti de cette tribune de mars 2018.

    Comment expliquez-vous que ce débat ait lieu entre médecins sous la forme d’une violente querelle ?

    Charles Bentz : On ne sait pas trop quelle est l’origine de cette poussée de fièvre. Les signataires de la pétition des 124 médecins ou professionnels de la santé sont pour l’essentiel de jeunes médecins qui sortent de la faculté. Ils sont pétris de certitudes et pensent que la médecine, c’est une fois pour toutes une vérité et que cette vérité ne bougera jamais. À l’inverse, avec quarante ans d’exercice de la médecine derrière moi, je peux vous certifier qu’il y a beaucoup de choses que j’avais apprises à la faculté de médecine qui ne sont plus vraies aujourd’hui. Ensuite, les réseaux sociaux ont amplifié ce phénomène.
    Benoît Viault : Nous avons tous le même diplôme, mais la médecine fondée sur des preuves (evidence-based medicine) prend, me semble-t-il, de plus en plus d’importance au sein de la profession. Elle s’est imposée comme une référence. Or, clairement, l’homéopathie ne peut faire état d’aucune étude qui montre son efficacité. À partir de là, il nous semble aberrant que cela reste une thérapeutique remboursée alors que plein d’autres prises en charge, qui elles sont validées scientifiquement – on peut citer la psychomotricité, les consultations de diététique pour des patients diabétiques, par exemple, ou encore les consultations en psychologie –, ne sont pas remboursées et restent à la charge des patients. Voilà ce qui nous semble aberrant : continuer à rembourser des médicaments dont on sait qu’ils ne possèdent aucune efficacité au-delà d’un effet placebo alors que d’autres soins sont nécessaires.
    Il ne s’agit pas d’une querelle entre les anciens et les jeunes, mais entre deux visions antagonistes de la médecine.

    Quel est votre principal argument contre ou en faveur de la médecine homéopathique ?

    Charles Bentz : C’est une thérapeutique efficace. On le constate tous les jours ! Les médecins qui prescrivent des médicaments homéopathiques l’observent – pas seulement les médecins homéopathes, mais des chirurgiens, des oncologues qui l’utilisent en soins de support, des sages-femmes… Tous ces professionnels constatent les effets bénéfiques de l’homéopathie. Cette médecine est efficace, et j’ajouterai qu’elle ne provoque pas d’effets secondaires, ce qui est fondamental. Les adversaires de l’homéopathie se fondent sur des rapports biaisés qui évaluent cette discipline en fonction de critères qui ne sont pas les siens. L’homéopathie repose sur une conception totalement différente de celle de la médecine conventionnelle classique.
    Benoît Viault : Notre argument contre l’homéopathie est de nature scientifique : l’homéopathie dispose-t-elle d’études en double aveugle, menées selon tous les critères scientifiques, sans conflit d’intérêts, qui prouvent que cette discipline a une efficacité ? Pour l’instant, la réponse est non. Les études qu’on nous montre ne sont pas probantes, comparent des groupes de population différents. Le fait que 60 ou 80 % des Français aient déjà eu recours à l’homéopathie, par exemple, n’est pas un argument scientifique. C’est un argument émotionnel !
    L’homéopathie fonctionne comme un placebo. Si je donne à un patient une gélule qui ne contient absolument rien, j’obtiendrai des effets. Tout cela est connu. On sait que l’effet placebo, l’effet contextuel, est efficace. La question est de savoir si l’homéopathie a des effets propres plus importants que cet effet placebo. La réponse est négative. Encore une fois, le but n’est absolument pas d’interdire la pratique de l’homéopathie, mais de la séparer de l’exercice de la médecine. Si des patients se sentent mieux en allant voir un homéopathe et en prenant des granules de sucre ou en soignant leur neurasthénie en mangeant du chocolat parce que cela leur fait du bien, cela ne me pose aucun problème. 

    La pétition du collectif Fakemed traite les médecins qui recourent à l’homéopathie de charlatans et demande, outre le déremboursement de ces produits, que ceux qui les prescrivent soient radiés de l’Ordre des médecins…

    Charles Bentz : C’est la raison qui nous a conduits à porter plainte contre les signataires, enfin ceux qui ont eu le courage de s’identifier, car une bonne moitié d’entre eux se sont abrités derrière des pseudos. Le texte est d’une grande violence. Une étude toute récente montre qu’il y a 50 % des médecins qui prescrivent régulièrement des médicaments homéopathiques. Cela revient à dire que 50 % des médecins sont des charlatans?
    Benoît Viault : Les termes choisis sont ceux du Code de déontologie médicale. Le charlatanisme est décrit dans le Code, la tromperie également. Nous ne demandons pas la radiation de nos confrères. Nous demandons simplement que leur activité d’homéopathes soit séparée de leur activité médicale. Il n’y a pas de raison que la consultation d’un médecin généraliste pratiquant l’homéopathie soit remboursée alors que ce qu’il pratique ne rentre pas dans le cadre de l’exercice de la médecine. S’il souhaite pratiquer l’homéopathie exclusive, pourquoi pas, mais pas dans un cadre médical. Il ne faut pas de confusion. Le fait d’être médecin implique un certain nombre de responsabilités. 
    Que répondez-vous à ceux qui disent que l’homéopathie produit un effet placebo et n’entraîne aucun effet secondaire, contrairement à la pharmacopée habituelle?
    Charles Bentz : L’effet placebo existe quel que soit l’acte thérapeutique et, dans le cas de l’homéopathie, ni plus ni moins qu’avec aucun autre traitement. Parfois, lorsqu’une première prescription s’est révélée inefficace, il arrive qu’on réexamine le cas et que l’on aboutisse à une seconde prescription efficace. Si c’est le résultat d’un effet placebo, pourquoi donc celui-ci n’aurait-il pas eu lieu dans la première situation ? Et que dire de l’efficacité remarquable des traitements homéopathiques chez les nourrissons, les animaux et même sur des élevages entiers ? Je pense à ses patients qui nous disent : « Docteur, je ne croyais pas à vos granules, mais je constate que c’est efficace », etc., etc.

    Le médicament homéopathique stimule l’organisme dans le sens de la guérison, alors que les médicaments chimiques s’opposent à une maladie et présentent une marge très étroite entre l’effet thérapeutique et l’effet toxique. En homéopathie, un médicament est efficace ou non, mais jamais toxique.
    Benoît Viault : Effectivement, on ne peut pas parler d’effets secondaires puisque, physiquement parlant, il n’y a absolument rien dans les granules d’homéopathie. Il n’y a pas de mémoire de l’eau, le principe a été infirmé un certain nombre de fois. En revanche, l’homéopathie entraîne des retards de diagnostic. Des études montrent que les patients atteints de cancer ont une survie moindre, puisqu’ils tardent à être bien diagnostiqués. Ce n’est pas un effet direct de l’homéopathie, mais cela reste une mise en danger.
    Entre le déremboursement et la suppression de l’enseignement dans les universités demandés par la pétition, qu’est-ce qui vous semble le plus important ?
    Charles Bentz : Les deux choses se tiennent. Le remboursement est une garantie pour la sécurité des patients. Ces derniers doivent passer par la « case médecin » pour que celui-ci, au cours de sa consultation, évalue si l’homéopathie est indiquée ou non dans son cas précis. Le déremboursement peut conduire ces personnes à consulter des non-médecins et, du coup, à ne pas bénéficier d’un bon diagnostic. Bref, vous vous privez de ce moment important où le médecin qui pratique l’homéopathie signale à son patient qu’il lui faut pour une fois recourir à la médecine conventionnelle. Seul un médecin peut le diagnostiquer. Un naturopathe, un magnétiseur, non. C’est le premier élément, sachant que les médicaments sont remboursés à hauteur de 30 % en France avec une exception en Alsace-Moselle où le remboursement s’élève à 90 %. Et l’Assurance maladie en Alsace-Moselle est excédentaire, contrairement à l’Assurance maladie nationale. CQFD !
     Mais pour avoir des médecins compétents, il faut un enseignement de qualité. Seul un enseignement universitaire peut le garantir en informant tous les jeunes externes de ce qu’est l’homéopathie et en permettant à ceux qui veulent acquérir les connaissances nécessaires pour l’exercer de recevoir une formation de qualité. L’année dernière, le doyen de la faculté de médecine de Lille a suspendu sans aucune concertation cet enseignement, mais d’autres universités l’ont maintenu, comme à Strasbourg. Et les universités de Lyon, de Reims et de Brest viennent de s’associer pour mettre en place un nouveau diplôme interuniversitaire de thérapeutique homéopathique. Vous avez aussi des écoles privées qui dispensent un très bon enseignement. 

    Benoît Viault : C’est un ensemble. L’université est là pour former des médecins à une médecine dont on connaît l’efficacité. Notre objectif n’est pas de proposer aux patients des trucs et des machins, mais des médicaments efficaces. C’est la même chose pour le déremboursement. La solidarité nationale doit rembourser des médicaments et des prises en charge efficaces pour la santé des patients. À partir du moment où l’homéopathie est déremboursée, il sera acté qu’elle n’a pas sa place en médecine et donc dans les universités de médecine.
    Une pluralité de médecines ou une médecine unique, n’est-ce pas le choix qui nous est proposé ?
    Charles Bentz : On veut nous amener à une standardisation de la prise en charge thérapeutique des patients. Pour nous, la médecine est une mais avec plusieurs abords thérapeutiques. Je suis le premier à dire que la médecine classique a fait d’énormes progrès dans beaucoup de domaines depuis que j’ai fait mes études. Mais nous allons aussi vers de grands problèmes comme l’antibiorésistance. Nous savons que d’ici une dizaine d’années, il y aura plus de morts liés à l’antibiorésistance qu’aux cancers. Abuser des antibiotiques parce que nous n’avons pas d’alternative thérapeutique est très préjudiciable. Or je constate qu’un médecin qui pratique l’homéopathie utilise beaucoup moins d’antibiotiques que ses confrères, alors qu’il est confronté aux mêmes malades. 
    Benoît Viault : Encore une fois, si les patients ont telle ou telle croyance, je ne peux en rien m’y opposer. S’ils croient aux forces de la nature et préfèrent aller voir un druide, cela ne me dérange pas.
    Simplement, on a une médecine scientifique d’un côté – dont on sait et dont on prouve qu’elle est efficace et qu’elle peut se remettre en question – et des pratiques alternatives qui ne doivent pas être des composantes de la médecine.
    Considérez-vous que le coût financier, modeste, de l’homéopathie mérite un tel débat ?
    Charles Bentz : C’est en tout cas un coût très limité. De mémoire, le remboursement des médicaments représente environ 125 millions d’euros, soit 0,7 % des remboursements de médicaments et préparations versés par la Sécurité sociale. Au terme d’une étude, des économistes ont indiqué que si l’homéopathie était déremboursée et que 10 à 20 % des patients se reportaient sur des médicaments remboursés, le gain serait nul. En réalité, c’est un transfert qui risque fort d’être plus coûteux en raison du prix plus élevé de la pharmacopée classique, sans parler des effets secondaires éventuellement induits par ces médicaments.
    Benoît Viault : Même moins de 1 %, sur un tel budget, cela représente des sommes importantes. Cela permettrait de rembourser des prises en charge qui, elles, seraient adaptées. Au-delà de cette somme, il y a toutes ces consultations qui sont aussi remboursées et des consultations hospitalières également. Toutes ces dépenses pourraient être mieux orientées.
    La situation vous semble-t-elle identique dans les autres pays ?
    Charles Bentz : Oui. Même en Allemagne où l’homéopathie est très utilisée, il y a ce débat entre les scientistes purs et durs et les médecins qui utilisent l’homéopathie. Mais cela n’a pas les mêmes conséquences dans la mesure où le système assurantiel n’est pas le même – les médicaments ne sont pas remboursés par l’assurance obligatoire, mais par des caisses privées. Le débat en Suisse a eu lieu. Des études ont été menées durant deux ou trois ans avec des conclusions positives en faveur de l’homéopathie et des médecines alternatives. De ce fait, ces thérapeutiques sont reconnues officiellement et prises en charge au même titre que les thérapeutiques conventionnelles. En Grande-Bretagne, notre discipline n’est pas remboursée. Elle a aussi essuyé de graves critiques. En Italie, il n’y a jamais eu de remboursement des médicaments homéopathiques. Dans aucun de ces pays, en tout cas, la consultation homéopathique n’a été remise en question.
    Pour moi, on ne devrait jamais opposer une thérapeutique à une autre. Toutes peuvent être utiles à un moment donné pour un patient donné. Il faudrait jouer la complémentarité, comme je le fais tous les jours en prescrivant aussi des médicaments conventionnels. Vous savez, j’en suis à présent à soigner la quatrième génération des mêmes familles dont je suis le médecin traitant. Il y a une fidélité de ces patients et donc une satisfaction.
    Benoît Viault : Nous sommes plutôt en retard. La sécurité sociale au Royaume-Uni, le NHS, a acté le déremboursement de l’homéopathie il y a maintenant deux ou trois ans. L’Espagne de même. En Allemagne, l’homéopathie est très pratiquée, mais je ne pense pas qu’elle soit remboursée. En Australie, c’est la même chose et aux États-Unis, la mention « Aucune efficacité clinique » figure obligatoirement sur les tubes de gélules homéopathiques. Bref, un grand nombre de pays sont plus en avance que nous.
    Je regrette qu’on ne se place pas sur un débat scientifique. Ce qu’on entend, c’est que les patients aiment bien ça, que les médecins qui pratiquent l’homéopathie ont le même diplôme que nous, que Boiron va devoir licencier 1 000 personnes... 
    (Ndlr: Boiron est implanté à Messimy et représente la source majeure des recettes de fonctionnement de la CCVL...) Oui, mais où sont les arguments scientifiques ? Comment voit-on la médecine, comme quelque chose de sérieux ou comme un domaine où chacun peut cuisiner à sa manière ? C’est le cœur du débat. Nous aimerions en discuter avec nos confrères homéopathes, mais nous attendons toujours.