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samedi 2 février 2019

Hausse des prix de 5 à 6% en moyenne sur votre liste de courses au 1er février!

D'après Le Parisien, 29 janvier 2019
Avec la loi Alimentation, les prix de certains articles vont bondir en supermarché depuis le 1er février. Concernant par exemple 24 produits phare, le ticket de caisse flambe de 6,3%... Pourquoi cette hausse?

Un pot de Nutella dont le prix bondit de 8,4% (tant mieux, on mangera moins de Nutella et moins d'huile de palme!), des yaourts Danone plus chers de 6%, du lait Guiguoz affichant + 8,1%… Voici quelques exemples d’envolées de prix à partir du 1er février. Dans tous les hypermarchés et supermarchés de France, de nombreux produits de grande consommation verront leur prix gonfler en raison d’une nouvelle réglementation. 
Combien de produits concernés ? Globalement, dans un hypermarché, sur un catalogue de 25 000 références, quelque 1 000 produits verraient leurs tarifs augmenter. Dans un supermarché, sur 13 000 références, 500 à 600 produits seraient impactés, avec une hausse moyenne de 5 à 6%.
Les produits concernés sont l’épicerie sucrée et salée, les boissons alcoolisées et non alcoolisées, le « frais en libre-service » (pizza, fromage, etc.) et les aliments pour animaux.
Autant dire, en pleine crise des Gilets jaunes, que le sujet peut faire grincer des dents...
Mais comment de telles hausses de tarifs sont-elles possibles ? Tout vient des Etats généraux de l’alimentation de 2017, qui se sont soldés par la loi Alimentation votée en octobre 2018, et qui entre pleinement en application ce 1er février 2019. Lors de ces Etats généraux, décision a été prise de mieux rémunérer les agriculteurs, en tenant davantage compte de leurs coûts de production. Pour les produits agricoles (viande, poisson, lait, fruits et légumes essentiellement) vendus en grande surface, les distributeurs sont donc priés de réduire leurs marges, afin de garantir un meilleur revenu aux agriculteurs. Pour le consommateur, les prix de vente, eux, sont quasi stables.
Mais il fallait une contre-partie pour les distributeurs! C'est ce qu'ils ont obtenu dans la loi Alimentation,  votée à grand renfort de lobbying...

En effet, en échange de l'effort des distributeurs sur les produits agricoles, la loi Alimentation relève le « seuil de revente à perte » (SRP) de 10% sur les produits alimentaires ou la nourriture pour animaux. Derrière ce vocable technique de SRP se cache une réalité simple : tout produit acheté 100 euros par un distributeur doit être revendu au moins 110 euros au consommateur. Autrement dit, la grande distribution a désormais l’obligation (!) de faire 10 % de marge sur une flopée d’articles.

Des hausses surtout sur les produits aux marges faibles

Quels seront précisément les produits concernés ? Les plus les plus touchés seront les produits sur lesquels les marges étaient jusqu’à présent très faibles, voire au plancher.... du fait de la rude bataille commerciale entre les enseignes.
Sans surprise, on retrouve dans cet inventaire à la Prévert les produits « listes de courses », qui se retrouvent très souvent dans le chariot des ménages, des produits dont les consommateurs connaissent souvent le prix exact, car ils en achètent régulièrement, voire à chaque fois qu’ils font leurs courses. Sur 24 produits star (voir illustration), la hausse moyenne est de 6,3 %.
Certes, le pot de Nutella ou le pastis Ricard ne sont pas des produits très diététiques et on peut/on doit en réduire la consommation. Le souci de la santé du consommateur n'est cependant pas l'objectif premier de la loi Alimentation...
Ce sera également la fin des superpromos, car la loi interdit aussi les promotions supérieures à 34% sur un produit. En clair : les opérations « 1 produit acheté = 1 produit offert », équivalant de facto à une remise de 50%, ne seront plus autorisées. De plus, seuls 25% des volumes de produits peuvent faire l’objet d’une promotion. Certes, nous ne verrons plus les émeutes provoquées l'année dernière par une promo monstre sur le Nutella, et ce n'est pas un mal. Mais les promos représentent en moyenne 17 % de la dépense des Français (données Nielsen). Chaque année, ce sont 141 euros qui sont ainsi économisés et jusqu’à 253 euros pour les « chasseurs de promotions », ces consommateurs qui scrutent à la loupe les catalogues.
Pour limiter la casse, les distributeurs étudient des solutions dans deux directions:  baisser les prix de leurs marques propres ou augmenter les avantages des cartes fidélité par exemple. Nous verrons à l'usage... 
En septembre dernier, Michel-Édouard Leclerc, patron des hypermarchés Leclerc, avait évoqué « une ponction d’un milliard d’euros sur le pouvoir d’achat ». Au ministère de l’Agriculture, on tempère : « Cette hausse des prix ne représentera que 7 % du panier de la ménagère. » Une broutille, on vous dit!

samedi 12 janvier 2019

Le lundi, on remplace le bœuf par un œuf!

Avez-vous entendu parler de l’opération « lundi sans viande »? L’initiative a été lancée par des personnalités et des ONG, et elle séduit de prime abord. 
Mais les éleveurs y voient une nouvelle stigmatisation de leur activité, alors que certaines pratiques agricoles ont des effets positifs sur l’environnement. 
On essaie de faire le point, le problème est complexe...

Le problème est complexe.
A vos réponses dans les commentaires!
d'après reporterre.net .07.01.2019 Lorène Lavocat

Le lundi, on remplace le bœuf par un œuf!
Le lundi 7 janvier, un groupe de chercheurs du CNRS et de l'INRA a lancé l’opération Lundi vert. Le principe est simple : tous les lundis, les participants, inscrits le site lundi vert seront invités à remplacer la viande et le poisson. Autrement dit, à s’essayer au végétarisme. 
Tout au long de l’année, ils devront indiquer chaque semaine s’ils poursuivent leur engagement, et recevront un accompagnement individualisé. 
Les scientifiques espèrent ainsi pouvoir étudier à grande échelle — ils visent 500.000 inscrits — notre capacité au changement alimentaire.

« Il s’agit à la fois de comprendre ce qui pousse les gens à modifier leur alimentation, leurs motivations et leurs blocages, mais aussi ce qui les fait tenir dans la durée. Nous allons ainsi envoyer des messages au fil des mois, pour encourager et motiver les participants. » Après "Stop Tabac", nous aurons ainsi "Stop la Viande le Lundi!"

L'initiative a été couplée, à grand renfort médiatique, à un appel à « diminuer collectivement notre consommation de chair animale », signé par 500 personnalités, principalement des scientifiques, mais également quelques têtes d’affiche, comme les actrices Isabelle Adjani, Juliette Binoche et Cécile de France, les animateurs Stéphane Bern et Frédéric Lopez, ou le photographe Yann Arthus-Bertrand.
Le but de cet appel relayé sur le site lundi vert: « La sauvegarde de la planète, la santé des personnes, le respect de la vie animale » 

« C’est une opération de communication et de sensibilisation, résume Greenpeace France, l’une des ONG signataires de l’appel. L’idée est de rappeler qu’un changement dans les comportements alimentaires est possible et indispensable. Et de combattre les nombreuses idées reçues sur le végétarisme à coup de pédagogie. »

D'après Greenpeace, le frein principal à la transition alimentaire provient d’une « méconnaissance de l’enjeu ». « La plupart des gens ne savent pas que lorsqu’ils consomment de manière excessive de la viande, ils participent indirectement à la déforestation », explique-t-on, en soulignant également un problème culturel: « Notre surconsommation de produits carnés est assez récente. Il y a une cinquantaine d’années, nous mangions un tiers de protéines animales et deux tiers de végétales. Depuis, le ratio s’est inversé, la viande est devenue un produit de consommation du quotidien, un signe d’abondance, de progrès ». Résultat, l’un des obstacles pour passer au végétarisme, c’est qu’on ne sait plus cuisiner sans viande…

Pour tenter d’inverser à nouveau la balance protéique, l’appel détaille donc, dans un texte élaboré par des associatifs et des scientifiques, trois « raisons impératives » de réduire notre consommation de viande : « La sauvegarde de la planète, la santé des personnes, le respect de la vie animale. »

Sauvegarde de la planète

Les auteurs de l'appel rappellent que « pour produire une seule calorie de viande il faut 4 à 11 calories végétales » et près de vingt fois plus d’eau, et que « 85 % des surfaces déboisées de la forêt d’Amérique du Sud ont été dédiées à l’élevage ». L’élevage contribuerait ainsi à 14,5 % des émissions totales des gaz à effets de serre. « Si on veut rester sous les 2 °C de réchauffement, il s’agit de réduire la consommation de protéines animales de 50% d’ici 2050 au niveau mondial. Mais en Europe, où nous sommes de gros consommateurs, il nous faudra manger cinq fois moins de viande qu’aujourd’hui." 


Déforestation illégale dans le Mato Grosso (Amazonie)
 pour faire place à l'élevage bovin - source Greenpeace
Cependant, toutes les agricultures ne se valent pas : les élevages traditionnels ont un effet moindre sur l’environnement et le climat que les élevages intensifs hors-sol. De plus les prairies peuvent être d’importants puits de carbone. Et les bêtes vont bien souvent se nourrir dans des endroits inaccessibles, où il serait impossible de cultiver des végétaux.

Effet sur la santé

Non seulement « la viande n’est absolument pas indispensable à l’équilibre alimentaire », pouvant être remplacée par des protéines végétales, mais elle serait facteur — à haute dose — de cancer, maladies cardiovasculaires, de diabète, d’obésité. « Les Français consommant près de 100 g de viande chaque jour augmentent de 30 % leur probabilité de développer un cancer en comparaison à ceux qui se limitent à 40 g en moyenne »,décrit ainsi le texte de l’appel.

Respect de la vie animale

« En France, 99 % des lapins, 95 % des cochons, 90 % des veaux et 82 % des poulets de chair sont élevés hors-sol de manière intensive, c’est-à-dire qu’ils sont confinés dans des cages ou des bâtiments fermés afin de les engraisser et les maintenir en vie jusqu’à leur abattage précoce », peut-on lire sur le site Lundi vert. 
Et dans le cas de la pêche au chalut, « d’immenses filets en forme d’entonnoir capturent tous les animaux qui s’y amassent, mêlés à divers débris. Déversés sur de la glace, ils y agonisent asphyxiés, écrasés par les autres poissons ou meurent par éclatement de leurs organes internes à cause de la décompression».

On est bien d'accord sur ces arguments, mais ils oublient une vérité de taille: «Jamais cet appel ne pointe du doigt la responsabilité des industriels et des distributeurs » 

Colère de la Confédération Paysanne:

« Cet appel est une preuve supplémentaire de l’insupportable stigmatisation vécue par les éleveurs et les éleveuses qui produisent chaque jour pour vivre de leur travail, écrit la Confédération Paysanne dans un communiqué. Jamais cet appel ne pointe du doigt la responsabilité des industriels et des distributeurs qui, dans leur course aux prix bas, empêchent la généralisation des pratiques d’élevage les plus vertueuses. Jamais cet appel ne souligne les bienfaits de l’élevage paysan pour l’environnement, le respect des animaux et le dynamisme des territoires. Jamais cet appel n’évoque que de nombreuses terres agricoles (estives, alpages, prairies permanentes) ne peuvent être valorisées que par l’élevage extensif. »

L
Au CNRS et à l'INRA, on se défend de « toute attaque » contre les éleveurs. «Même s’il ne l’indique pas clairement, l’appel promeut l’idée qu’on peut consommer moins de viande, mais de meilleure qualité en matières environnementale et de bien-être animal, argumente-t-on. Il y a plusieurs manières de consommer et de produire de la viande, et les modes industriels sont clairement ceux à réduire prioritairement. »

Nulle part sur le site lundi vert nous n'avons trouvé d'incitation en ce sens! Dommage, bien dommage!

Les chèvres, comme ici en Ardèche,
aident à maintenir ouverts des espaces non cultivables.
Quant à elle, l’Association végétarienne de France (AVF), se dit plus réservée sur les conséquences d’une telle démarche : « Un jour végétarien par semaine, ce n’est pas suffisant, estime-t-elle. C’est un pas dans la bonne direction, mais il s’agit de diviser par cinq voire par dix notre consommation collective de viande, donc cela passera par des politiques publiques. Il nous faut des objectifs nationaux de réduction de la consommation de viande, comme on en a pour les émissions de CO2. »
Mais c’est justement de ce côté-là que ça coince, car « les lobbys de la viande et du lait sont très puissants auprès des parlementaires et du gouvernement ».

Un repas végétarien par semaine dans les cantines, le lundi?

À l’occasion de la loi sur l’agriculture et l’alimentation, votée le 2 octobre 2018, les associations sont tout de même parvenues à faire adopter une expérimentation pendant deux ans d’un repas végétarien par semaine dans les cantines.
« C’est une grande victoire, estime l'AVF. Car les volumes concernés — toutes les cantines scolaires de France — sont énormes, et rien ne se fera sans un changement des mentalités qui passe par l’éducation des plus jeunes. » 
Autre levier à activer : la politique agricole commune (PAC), au niveau européen. « La prochaine PAC, qui est actuellement en négociation, doit subventionner davantage les élevages écologiques et la production de protéines végétales », soutient Greenpeace.

En attendant, un lundi de nourriture allégée après les agapes familiales du dimanche ne peut faire de mal à personne. On commence tout de suite? 
Mais attention, si vous remplacez la viande ou le poisson par des œufs, prenez des œufs bio, pondus par des poules ayant couru en liberté!

On attend vos commentaires pour la réponse!

dimanche 20 mai 2018

On achève bien les éleveurs...

... ou Résistances à l’industrialisation de l’élevage




Quand éleveurs et chercheurs s'interrogent sur l’industrialisation de l'élevage ...

En décembre 2017 est paru chez l'Echappée On achève bien les éleveurs.

Ce beau livre grand format s'attaque à un sujet important, celui de l'élevage et de notre rapport à celui-ci. Il s’agit d’un recueil d’entretiens (brillamment) illustrés, classés en grands chapitres qui interrogent des domaines aussi variés que la politique agricole du 20ème siècle, les rapports historiques entre humains et animaux, l’agriculture biologique, le puçage des bêtes, l’acte de tuer un animal… 
Les personnes interrogées sont des universitaires, des chercheurs, des éleveurs, des militants, dont les points de vue se complètent ou se font écho.

C'est un dessinateur, Guillaume Trouillard, qui a ouvert les premières pistes de ce qui est devenu On achève bien les éleveurs. C'est lui qui a convaincu de la nécessité d'aborder la question du puçage des bêtes, du contrôle et plus globalement de l'administration du métier d'éleveur… et des résistances à cette lame de fond. C'est encore lui qui a mis en relations la chercheuse Jocelyne Porcher et l'éleveur Xavier Noulhianne. 
Puis Aude Vidal et Cédric Biagini des éditions l'Echappée ont sollicité de nouveaux intervenants:  
- Le chercheur Jean-Pierre Berlan qui, au pic de la crise de l'élevage porcin en Bretagne, décrivait sans ménagement la « techno-servitude » des « exploitants agricoles ». 
- Les éleveurs de la ferme du Pic-Bois – Baptiste Laboureur, Christian Dalmasso, Laurence Ferrini et Thierry Beati – sollicité-es pour leur science de la polyculture-élevage. 
- Fabrice Jaragoyhen, témoin du traitement administratif des crises sanitaires
- Stéphane Dinard, qui abat ses animaux sur la ferme en toute illégalité. 
- Et Christophe Richard, Marion Lorillard... 

Chaque rencontre, dédiée à un aspect de la lutte contre l'industrialisation de l'élevage, a débordé du cadre et a nourri une réflexion plus large sur la spécialisation des activités humaines ou la rupture entre ville et campagne.

Pendant les quatre années qu'a duré l'élaboration de cet ouvrage ont émergé des mouvements de pensée qui combattent la domestication des animaux par les êtres humains ou prônent l'égalité entre espèces (antispécisme). 

Des associations comme L214 alertent le grand public sur le désastre environnemental causé par la surconsommation de viande et de produits d'origine animale. 
Le constat qu'elles font est partagé par les écologistes bon teint comme par les contributeurs et contributrices de ce livre : les productions animales industrielles ont un impact environnemental accablant. 
L'aliment pour le bétail, en particulier le soja, s'échange sur un marché mondialisé. Ces cultures, comme les pâtures, prennent d'assaut les écosystèmes les plus riches de la planète, comme le bassin de l'Amazonie qui subit la déforestation. 
Elles sont trop souvent en concurrence avec l'alimentation humaine : mangeurs et mangeuses de viande, plus solvables que les pauvres des pays du Sud, sont servi-es en premier. 
Les rots des ruminants sont chargés de méthane, un puissant gaz à effet de serre, et ne contribuent pas peu aux désordres climatiques en cours. 
Les usines à animaux, comme celles de cochons en Bretagne, polluent les eaux et produisent des crises sanitaires à répétition.

La question animale n'est cependant pas réductible à la question environnementale et les productions végétales sont soumises aux mêmes logiques prédatrices et destructrices. 
Le problème n'est donc pas tant le type de production, animale ou végétale, que le mode de production, capitaliste et industriel. 
Même si l'impact est démultiplié avec les animaux, il faut se garder d'une « administration du désastre » et éviter de raisonner depuis le point de vue de consommateurs et de consommatrices urbaines en criant haro sur le baudet. 
Nous devons penser l'élevage au cœur d'une réflexion sur l'agriculture, la campagne et ses prairies. Il s'agit de considérer toute la diversité paysagère, donc biologique, que l'on doit à l'élevage, son imbrication avec l'agriculture, tout ce que les animaux apportent en agriculture biologique et la nécessité (sauf à renouveler fondamentalement la manière dont nous cultivons) d'avoir sur une ferme ni trop ni trop peu de bêtes. Car derrière les alertes consensuelles sur l'impact écologique des productions animales avance le refus de toute relation d'élevage.

Dans les milieux écologistes radicaux et anarchistes, l'antispécisme et la condamnation de l'élevage deviennent peu à peu une évidence, au titre de la lutte contre toutes les dominations : celle des hommes sur les femmes mais aussi des blancs sur les personnes de couleur, des adultes sur les enfants, celle enfin des humains sur les animaux. 
De prime abord, lutter contre ces dominations semble une nécessité, morale et politique. Mais, à la réflexion, la réduction des relations entre êtres humains et animaux à un rapport de domination fait perdre de vue le tableau qui est présenté ici : celui de la soumission toujours plus forte de toutes et tous à la société industrielle

Le monde se referme, la liberté cède le pas devant le contrôle systématique, les relations deviennent inhumaines : au fond, ce que nous faisons vivre aux animaux, nous nous l'infligeons à nous-mêmes.

Un point de vue critique de l'industrialisme, pas seulement anticapitaliste, est alors nécessaire. Des éleveurs et éleveuses, des chercheurs et chercheuses l'expriment dans ce livre.

On achève bien les éleveurs, aux Editions l'Echappée, illustré par Guillaume Trouillard - 144 pages, 24 euros -  Paru le 1/12/2017

d'après le blog d'Aude Vidal http://blog.ecologie-politique.eu/post/On-acheve-bien-les-eleveurs 

dimanche 15 avril 2018

Du bon, du bio, du bobard...


Il est de bon ton d'acheter bio. Légumes et fruits bien calibrés, belle couleur, rien qui dépasse. Voyons voir... Ouf ! Le label AB est présent, j'achète ! Du bon, du bio... ?
Lidl, Leclerc et les autres vendent de plus en plus du Bio. Juteux le marché. La nouvelle tendance s'appelle le "Bobobiobio". Les grandes enseignes agro-alimentaires ont élargi la brèche. Du bio en tête de gondole et omniprésent dans tous les rayons. 
Le même cirque est en train de naître avec la nouvelle tendance : Vegan. Même Mac Do vient de nous sortir le Hamburger Veggie. 
Comment peut-il y avoir autant de production bio ? Suspect. Où va l'argent ?Et bien voilà : 
Les cartels agro-alimentaires comme Nestlé, Cargill, Coca-Cola ont acheté la plupart des distributeurs d'aliments biologiques. 
Lima et Danival, pour la France, ont été rachetés par Hain Celestial (USA), derrière lequel se cache Monsanto, Walmart, Philipp Moris, City Group et Martin Lockeed. Du lourd, du très lourd. 
En France : Nous avons Bonneterre, Bjorg, Evernat, Allos, Tartex, Alter Eco... Mais quand vous achetez un yaourt Bonneterre, vous engraissez Royal Wessanen, monstre européen de l'agro-alimentaire. 
95% des légumes bio sont produits à partir de semences de variétés hybrides. En clair, votre melon bio dans votre assiette a une “chance” sur deux d'avoir été engendré par les trois monstres sacrés du chimique : Monsanto/Bayer/Syngenta.
Kokopelli (association française qui distribue des semences issues de l'agriculture biologique et de l'agriculture biodynamique dans le but de préserver la biodiversité semencière et potagère) est “certifiée” bio par Qualité France, elle-même rachetée par Véritas, l'un des leaders mondiaux du contrôle industriel...
Au niveau planétaire, l'IFOAM (la fédération internationale de l'agriculture biologique) oblige le petit paysan pauvre à produire du bio, et encore plus de bio, au détriment des sols.Monde cupide sans foi ni loi. Nous sommes loin de l'image que les Bobobiobio se font du paysan Bolivien content de produire du café pour les satisfaire. C'est comme en Espagne. On produit du bio en surexploitant une main d'œuvre de migrants vivant dans des conditions misérables. 

Voyageons un peu dans les rayons d'un supermarché. 

Ah, le rayon fruits et légumes. 
Désolé pour nos voisins espagnols, mais ce ne sont pas les rois du bio. En théorie, les cultures hors-sol sont interdites en agriculture bio, mais l’exemple de la province d’Almeria, en Andalousie montre à quel point la réglementation est contournée. Depuis les années 80, est né l'eldorado de plastique. Les tomates, courgettes, aubergines, poivrons, framboises sont produites toute l’année. Remarquable. Tout est cultivé dans du sable recouvert de plastique, avec des nutriments bio délivrés par un système de goutte-à-goutte continu. 
Et voilà. Origine Espagne. C'est bio, mais c'est de l'arnaque. Seul le sable est bio, car local (et encore) et les nutriments sont bio. 
C'est cultivé plein champ (expression à la mode) mais cela ne veut rien dire. Déprimant. 

Le rayon volaille. 
Et si on se faisait un petit poulet rôti ? Un label rouge, élevé en plein air et tout le tintouin. 
Oui, mais, le label AB dans la réglementation européenne stipule que l’animal peut s’ébattre en journée, mais… sur 40 centimètres carrés. 40 cm 2 ! Franchement, si j'étais un poulet, j'en rêverais... Et puis, il faut savoir que les poulets sont souvent sans becs pour ne pas s’étriper. 
Pfou... Ils ont le droit aux antibiotiques une fois par an... Quand même ! Et aux traitements contre les parasites sans limite. Ouf, me voici rassuré. 
Pas de traçabilité garantie, pas de transparence sur le contenu de leur gamelle (nourriture importée). Comme son cousin industriel, le poulet estampillé AB se goinfre de soja importé, bio (?) mais qui peut contenir jusqu’à 0,9% d’OGM. L’éleveur bio est devenu un simple exécutant qui engraisse pendant 81 jours des volailles qui ne lui appartiennent pas, nourries par les géants de l’agroalimentaire. 

Le rayon des produits transformés (laitages, biscuits, plats préparés). 
Du bio ! Oui, mais là encore, ces aliments doivent être constitués d'au moins 95% d'ingrédients issus de l'agriculture biologique. Pas d'OGM, ni produits chimiques, ni additifs, ni conservateurs. 
Je veux bien, mais quid des 5% d'ingrédients qui restent ? 
De plus, le label AB tolère 0,9 % d'OGM. Ennuyeux... 
Il faut savoir également que l’Asie, l’Amérique latine, l’Afrique, la Roumanie et l'Espagne, principaux fournisseurs de produits bio, ne sont pas ou très peu consommateurs de bio. C'est un non-sens. Des producteurs bio qui n'en n'ont rien à cirer du bio. Décourageant. 

Tiens, le rayon vins et alcools : 
Une petite bouteille de rouge pour oublier ? 
Oui, mais, sulfites, or not sulfites ? Pesticides, or not pesticides ? Vin naturel?
Bio ? Certifié Terra Vitis ? Vegan ? Du vin Vegan ? Comprends pas. 
Explication : 
Pour faire du vin, il y a une étape qui s'appelle le collage. Coller le vin consiste à lui ajouter une substance d’origine protéique, qui coagule au contact des tanins, pour emprisonner et éliminer les particules en suspension. Cette étape prépare et optimise la filtration du vin. Dans le collage, on peut utiliser des produits animaux (lait, colle de poisson). Donc un collage avec par exemple des bentonites qui sont des argiles naturelles, donnera des vins Vegan. 
Mais revenons au vin. AOC et AOP sont toutes les deux des appellations indispensables, car elles garantissent qu'un vigneron n'introduise pas des vins d'ailleurs dans un Sancerre ou un Corbières par exemple. Une charte oblige tous les vignerons d'une région à utiliser le ou les cépages locaux. 
Mais aujourd'hui des vignerons veulent sortir des cépages imposés et ont envie de faire des vins avec d'autres cépages. Du coup, pas d'AOC ni d'AOP, mais des vins de pays ou des vins de France, et qui peuvent être bio. 
Certains vignerons sont donc plus bio que bio, mais ne peuvent pas avoir le label AB. C'est une histoire de fous. Vous pouvez acheter un vin bio qui sera moins bio qu'un vin naturel sans le label bio. 
Bon, c'est quand même mieux d'acheter un vin bio qu'un Bordeaux par exemple qui ne l'est pas, car dans une bouteille classique, flotte 10 à 12 pesticides différents et 70 additifs chimiques. 

Enrichissant voyage au travers des rayons. Qu'est-ce que l'on n'a pas vu ? 

Le miel. 

Pays d'origine des matières premières: CEE et hors CEE

Impossible d'avoir du miel bio aujourd'hui. Parce que les abeilles butinent là où elles veulent. Malheureusement pour elles, quand elles butinent les produits chimiques du criminel Monsanto, elles en meurent. Tous comme les oiseaux d'ailleurs. Pour celles qui survivent encore à ce carnage, le miel sera forcément chargé de produits Monsanto. 
Il faut savoir que tous les miels des grandes surfaces même labellisés bio, sont des miels mélangés à d'autres venant d'ailleurs. De Chine par exemple, et comme les Espagnols, les Chinois ne sont pas des parangons du bio. 
J'ai rencontré un apiculteur qui produit un miel extraordinaire dans le Lubéron. Il est obligé d'installer ses abeilles dans des endroits choisis avec soin, afin d'éviter le plus possible les cultures OGM et les pesticides. Il n'a pas eu le label AB, car il a refusé l'imposition de produits phytosanitaires pour nettoyer ses ruches. Il faut savoir que dans le cahier des charges AB, vous devez utiliser des produits de nettoyages soi-disant naturels. Il préfère nettoyer ses ruches à l'ail. Plus antiseptique que l'ail, on ne trouve pas, mais du coup pas de label AB. Et pourtant, son miel est extra. Allez comprendre. 

L'huile d'olive. 
Alors là, c'est le grand délire. Toutes les huiles d'olive ou presque dans les grandes surfaces sont des hu
iles mélangées de provenance de la CEE et hors CEE. Labellisées bio. Faudra m'expliquer le contrôle sanitaire d'une huile en provenance de l'autre bout de la planète. 

Vous allez me dire, mais alors, que peut-on manger ? 

Et bien, pour l'alimentation en général, privilégions les circuits courts. Moins vous avez d'intermédiaires, mieux c'est. Ne faites pas confiance aux super marchés, ni aux géants de l'agro-alimentaire. 
Pour le chocolat, le café, le miel et autres, même chose. Privilégiez les circuits sans trop d'intermédiaires. Vous pouvez trouver de l'excellent chocolat en provenance d'Amérique Centrale par exemple. Il sera plus cher que la tablette du supermarché, mais au moins vous aurez la satisfaction de ne pas engraisser Nestlé. 
Rien n'est parfait en ce bas monde et rien n'est idéal. Mais en conservant une analyse aiguisée, on peut arriver à se nourrir le plus sainement possible sans devenir obligatoirement des Bobiobobios extrémistes. 

Pour aller plus loin: 

Voici les principaux labels bio :


LE LABEL AB (LOGO AB)
En France, le plus connu des labels bio reste le label AB créé en 1985. Mais depuis l’apparition du label européen en 2010, le label français AB doit répondre aux mêmes exigences et possède donc les mêmes garanties. Le logo européen remplace progressivement le logo AB. Si certains produits bio affichent les deux logos, c’est parce-que le logo bio AB reste encore mieux connu des consommateurs français.

LE LABEL EUROPÉEN (LOGO EUROPÉEN « EUROFEUILLE »)
Le label bio européen remplace le label bio AB en imposant son cahier des charges à tous les pays de l’union européenne. Quelles sont les principales garanties du label européen ?
– Interdiction d’utiliser des pesticides et engrais chimique de synthèse 
– 100 % d’ingrédients bio ou au moins 95% dans le cas des produits transformés si la part restante n’est pas disponible en bio 
– Maximum 0,9% d’OGM pour les produits transformés 

LE LABEL BIO COHÉRENCE
Il s’agit d’une certification privée qui reprend les grandes lignes de l’ancien label AB maintenant remplacé par le label européen. Le label bio cohérence est plus strict que le label européen dans la mesure où il impose une culture, une production et une transformation des produits sur le sol français. La mixité des produits bio et non bio est interdite et une limite de 0,1% d’OGM est autorisée. La certification Bio Cohérence est délivrée par un tiers indépendant, méthode reconnue par le règlement européen.

LE LABEL BIO PARTENAIRE
Les produits étiquetés Bio Partenaire sont contrôlés et certifiés par un organisme de contrôle agréé par les pouvoirs publics, ils sont donc en accord avec le cahier des charges européen. Mais l’association va plus loin que cela en assurant de bonnes conditions aux producteurs (contrats pluriannuels sur 3 ans minimum, discussions régulières, revenus justes…).

LE LABEL NATURE ET PROGRÈS
Nature & Progrès est une association de consommateurs et de professionnels qui établit son propre cahier des charges et le fait évoluer en groupe au fil du temps. La certification bio européenne n’est pas imposée aux producteurs. La mixité des produits bio et non bio est interdite et aucune trace d’OGM n’est tolérée. Le label Nature et Progrès se veut être en faveur d’une agriculture biologique respectueuse des hommes, des animaux, des plantes et de la planète.

LE LABEL DEMETER
Le label Demeter met en avant l’agriculture biodynamique. En favorisant la santé des sols et des plantes, des produits sains voient le jour. Les produits répondent au cahier des charges européen avec des exigences supplémentaires, notamment pour les produits transformés qui doivent être composés d’au minimum 90% d’ingrédients certifiés Demeter. Les 10% restants doivent obligatoirement être certifiés bio.

L’association Max Havelaar œuvre en faveur du commerce équitable. Elle fait en sorte que les producteurs puissent vivre de leur travail. Le label Fairtrade assure un revenu juste aux producteurs. Attention toutefois car les produits qui affichent le logo Fairtrade ne sont pas forcément bio. Le logo bio européen doit donc figurer sur l’emballage lui aussi pour garantir un produit issu de l’agriculture biologique. Le bio a un impact sur l’environnement des producteurs tandis que le label Fairtrade/Max Havelaar a un impact sur leurs conditions de vie. Une complémentarité intéressante !

D'après Claude Janvier, Agoravox 05.04.2018





samedi 10 mars 2018

Une figure qui a marqué Vaugneray : le docteur Yves Servajean


En 1971 un jeune médecin vint s'installer à Vaugneray : le docteur Yves Servajean. Il exerça dans notre village jusqu'en 1991. C'était un médecin généraliste, un « médecin de famille » comme on disait alors, dévoué à ses patients, prêt à se déplacer à toute heure du jour ou de la nuit. 

Dr Yves Servajean (1942 - 2009)
Voici le témoignage d'une de ses patientes :
 « Au tout début de mon huitième mois de grossesse, après une nuit d’intenses douleurs, j’ai téléphoné au docteur Servajean qui est venu immédiatement. Il a diagnostiqué une torsion ovarienne causée par un kyste, ou alors une crise d’appendicite — à laquelle il ne croyait pas vraiment. Il a alors appelé une ambulance, fait mon sac, attendu que l’ambulance arrive pour partir. Après trois journées d'attente et des examens divers, les médecins de la clinique ont fini par m’opérer… de l’appendicite. Mais voilà, ce n’était pas une crise d’appendicite, mais bel et bien un kyste sur un ovaire, qui s’était tordu. J’aurais pu perdre la vie ou celle de mon bébé. Je suis infiniment reconnaissante au docteur Servajean pour son dévouement et la justesse de son diagnostic ».

Certes, c'est le rôle d'un médecin de sauver des vies humaines, et il y a eu d'autres très bons médecins à Vaugneray. Mais le docteur Servajean avait quelque chose de particulier : c'était un précurseur, qui a changé notre regard sur notre alimentation et sur notre santé. Il a laissé sur notre village une empreinte qui n'est pas près de s'effacer.
            
Aujourd'hui l'alimentation biologique semble faire consensus. On pense généralement que les produits bio sont meilleurs pour la santé et pour l'environnement. À Vaugneray plusieurs exploitations agricoles font du bio, ou à défaut de l'agriculture raisonnée. Le bio, on le trouve sur les marchés, dans les boutiques bio, et même dans les grandes surfaces. 50 % de produits bio et locaux dans la restauration collective, c'est prévu pour 2022. Mais à Vaugneray, le virage du bio a été pris bien plus tôt, dès les années 1970, avec l'arrivée du docteur Servajean. Oser prétendre qu'il pouvait y avoir un rapport entre notre état de santé et le contenu de notre assiette, c'était une approche radicalement nouvelle. Le docteur Servajean avait cette audace : il mettait en garde contre les denrées polluées par des pesticides ou ayant subi des transformations préjudiciables à la santé, et il conseillait de passer à une alimentation saine et naturelle, biologique de préférence.
            
Je me souviens qu'il recommandait en particulier la consommation d'huiles bio « de première pression à froid » — formule que j'entendais pour la première fois et qui résonnait à mes oreilles un peu comme une langue étrangère. Mais où trouver de tels produits, dans ces temps reculés où il n'y avait bien sûr pas de boutique bio à Vaugneray, ni même à Craponne ? Je suis descendue à Lyon, et après une longue errance dans les petites rues de la presqu'île, j'ai fini par dénicher une boutique à la devanture verte qui s'appelait « Les Quatre Saisons ». On y trouvait tous ces précieux aliments que le Casino de Vaugneray (qui avait pourtant une devanture verte à l'époque) ne connaissait pas encore.
           
Vous êtes-vous parfois demandé pourquoi il y a à Vaugneray une boutique bio florissante, où viennent s'approvisionner non seulement les Valnégriens, mais aussi des clients qui viennent de Brindas, de Messimy, ou de plus loin encore ? Eh bien je vais vous raconter la petite histoire de la bio-boutique. Il était une fois une dame passionnée par l'alimentation bio qui voulait ouvrir une boutique dans un village près de Lyon. Par le plus grand des hasards, elle atterrit à Vaugneray, sans se douter le moins du monde que ce village, sous l'impulsion du docteur Servajean, était en train de s'imprégner d'une culture toute nouvelle, la culture du « bio ». Sa boutique fut un succès immédiat, et cela dure toujours. Dans cette boutique, les anciens évoquent parfois le souvenir du docteur Servajean. Et voilà que se créent des liens : on se retrouve ensuite pour boire le thé ensemble, et partager un cake à la farine de châtaigne bio !
            
Le docteur Servajean était aussi novateur dans son approche de la médecine. Il n'hésitait pas le cas échéant à faire appel à des médecines complémentaires, des médecines dites « douces », qui venaient en plus de l'exercice classique de la médecine. Par exemple il avait parfois recours à l'homéopathie (que j'ai découverte grâce à lui). Il expliquait aussi qu'on pouvait améliorer des douleurs articulaires avec des cataplasmes d'argile, et prévenir les infections urinaires avec de la canneberge. Une personne atteinte d'une hépatite C avait éliminé le virus « comme la grippe », au dire du spécialiste qui suivait l'évolution de sa maladie à l'hôpital. Elle avait pris du Desmodium pendant plusieurs mois, sur les conseils du Dr Servajean — on ne saura jamais si le Desmodium avait contribué à cette guérison « spontanée ». Le Desmodium est une plante africaine dont les propriétés hépatoprotectrices ont été depuis reconnues et qui se trouve aujourd'hui dans les boutiques bio et en pharmacie. Mais à l'époque il fallait le commander à l'association « Solidarité » de Toulouse, dont l'action a permis l'introduction de cette plante en France. Là aussi le docteur Servajean était en avance sur son temps. Si la phytothérapie occupe aujourd'hui une place importante dans le traitement de nombreuses maladies, elle était peu pratiquée par les médecins au siècle dernier. Il a fallu au docteur Servajean un certain courage pour sortir des sentiers battus.
           
Alors, ayons une pensée attendrie pour cet homme remarquable, qui a tellement marqué notre village qu'aujourd'hui, des années après son départ, on chante encore ses louanges devant les étals du marché de Vaugneray !

article écrit par Annie Ramel 

jeudi 12 octobre 2017

Pourquoi l’industrie de la charcuterie s’entête à nous faire avaler des produits cancérogènes

Daprès 
En France, plus de 40 000 nouveaux cas de cancers colorectaux sont diagnostiqués chaque année. Parmi les causes de cette maladie : la consommation de charcuteries enrichies en nitrites. Ces additifs alimentaires, utilisés massivement par les industriels, donnent à la viande une jolie couleur rosée et augmentent leur durée de consommation. 
En dépit de leurs graves conséquences sanitaires, la plupart des fabricants rechignent à y renoncer. Et préfèrent gagner du temps en mettant en doute les preuves médicales et scientifiques. 
Une stratégie qui rappelle celles des industries du tabac ou des pesticides, affirme Guillaume Coudray, auteur de Cochonneries, une enquête sur le sujet.
Cochonneries, éditions La Découverte, 270 pages, 18€.
Entretien.
Votre ouvrage commence par un épisode clé dans l’histoire des charcuteries : en octobre 2015, elles sont déclarées « cancérogènes pour l’homme » par le Centre international de recherche sur le cancer (Circ). Ce qui rend nombre de charcuteries industrielles cancérogènes, c’est l’addition de nitrite de sodium (E 250) ou de nitrate de potassium (E252). De quand date l’utilisation massive de ces additifs ?
Guillaume Coudray [1] : Ces additifs se sont surtout développés et imposés aux États-Unis, dans la seconde moitié du 19ème siècle, à mesure que se mettait en place l’industrie des charcuteries, l’une des premières du pays. Les quantités de cochons abattus transformés deviennent peu à peu gigantesques. Les additifs « nitrités » [contenant du nitrite de sodium, ndlr] disposent d’un grand avantage : ils donnent systématiquement une coloration homogène et uniforme à la charcuterie – un joli rouge rosé. Ils permettent ainsi d’obtenir des jambons visuellement satisfaisants à partir de cochons jeunes et peu exercés, idéal pour l’élevage industriel.
Les additifs permettent aussi d’accélérer la fabrication de charcuteries, qui demandent normalement de longues périodes de maturation, et de conserver la viande plus longtemps. Bref : ils diminuent les pertes, accroissent les volumes et font baisser les prix. Ils sont tellement avantageux que leur usage est devenu, partout ou presque, la norme. En France, où 70 % du porc consommé l’est sous forme de charcuterie, les sels nitrités ont été autorisés en 1964.
Au début du 19ème, on ne connaît que le nitrate de potassium, c’est-à-dire le salpêtre. Puis on commence à utiliser le nitrate de sodium qui provient d’immenses gisements découverts dans les déserts d’Amérique latine, au pied des Andes. Permettant un rougissement plus rapide, il recueille la faveur des charcutiers industriels américains. Au début du 20ème, un produit encore plus actif fait son apparition : le nitrite de sodium. Pendant la première Guerre mondiale, des chimistes allemands mettent au point des procédés qui permettent la synthèse du nitrite de sodium afin d’alimenter l’industrie et l’armement, en particulier les usines métallurgiques. Le nitrite de sodium devient abondant et peu coûteux. Au départ interdit par les services sanitaires, car considéré comme un poison – il est mortel à partir de 2g/kg –, le nitrite est progressivement autorisé partout, sous forme de sels nitrités, de sorte que la dose susceptible d’entraîner une intoxication directe n’est jamais atteinte.
Comment découvre-t-on que ces nitrites peuvent entraîner des cancers colorectaux ?
À la cuisson, lors de la digestion ou dès la fabrication, les nitrites font apparaître d’autres substances : les nitrosamines et les nitrosamides, qui sont cancérogènes : elles font apparaître des tumeurs. C’est ce risque qui a été dénoncé par le Centre international de recherche sur le cancer en 2015. Mais dès 1968, le journal médical anglais The Lancet expose ce problème, déjà étudié par des chercheurs. Deux ans plus tard en 1970, les cancérologues disposent de preuves suffisantes pour accuser les charcuteries d’être responsables d’un nombre considérable de cancers.
L’autre risque des nitrites, c’est qu’ils activent le pouvoir cancérogène du fer et le transforment en puissant promoteur des tumeurs, via un phénomène appelé la nitrosylation du fer. Ce risque-là, très grave, n’est pas encore pris en compte par les autorités sanitaires. Malheureusement, les scientifiques qui travaillent sur le sujet sont assez timides et ne disent pas assez fort ce qu’ils savent, ou bien on préfère ne pas les entendre.
Combien de personnes sont concernées par le cancer colorectal ?
Le cancer colorectal est l’un des plus répandus et des plus meurtriers. En France, 42 000 cas sont découverts chaque année et 42 % des personnes atteintes de ce cancer en meurent, soit 17 700 décès par an. En Europe, ce sont 152 000 personnes qui en meurent chaque année, et dans le monde, près de 700 000. Entre 5 et 10 % de ces cancers sont d’origine génétiques. Les plus touchés par le cancer colorectal sont les pauvres. Or ce sont eux qui consomment les produits les plus nitrités : rillettes, jambon, saucisson. Ce sont les produits les moins chers qui en contiennent le plus. Au rayon libre-service des supermarchés, un ménage modeste achète deux fois plus de charcuteries qu’un ménage aisé. Les plus grands consommateurs sont les agriculteurs et les ouvriers. Précision importante : les charcuteries "bios" ne sont pas nécessairement sans nitrites. En France, seuls deux labels privés, Déméter et Nature et Progrès, garantissent l’absence de nitrites. La seule solution, c’est d’inspecter les listes d’ingrédients et de bannir les charcuteries bio colorées au nitrite.
Pour justifier l’usage des nitrites, les industriels brandissent les risques de botulisme. Cette maladie mortelle est due à une bactérie qui se développe à cause du manque d’hygiène, quand les produits sont mal cuits, mal fumés ou conservés dans de mauvaises conditions. Vous dites qu’il s’agit là d’une « mise en scène ». Pourquoi ?
Ce risque « botulisme » apparaît dans les discours et documents des charcutiers industriels américains à la fin des années 1960, avant d’arriver en en France. C’est une réponse à la problématique des cancers qui émerge. Ils brandissent le botulisme comme un épouvantail pour faire avaler la pilule des nitrites : on fait croire aux gens que les nitrites servent à les protéger des risques de botulisme alors que c’est pour la couleur, pour le goût et prolonger la date limite de consommation. Il y a une tromperie fondamentale. Toutes les études et les experts le disent : les causes de cette maladie, c’est l’absence de soins et la viande avariée, pas l’absence de nitrites. La plupart des industriels le savent parfaitement. Pour ne rien changer au système qui a fait leur fortune, certains industriels de la charcuterie vont s’enfoncer dans le mensonge.
Comment se présente ce mensonge ?
On retrouve dans leurs stratégies les mêmes ficelles que dans les affaires de l’amiante, du tabac ou des pesticides. Ils utilisent tous le même « guide de voyage du truqueur en santé publique ». Ainsi, depuis le début des années 1970, un petit groupe de chercheurs financés par l’industrie américaine de la charcuterie a produit une quantité considérable de publications destinées à mettre en doute l’effet cancérogène des viandes nitrées. Ils expliquent que les cancers sont des maladies complexes, qu’elles ont toutes sortes de causes, ils exagèrent la responsabilité individuelle...

Les industriels n’hésitent pas non plus à réinventer l’histoire. Peu après la diffusion d’une émission de Cash investigation sur les dangers des nitrites, des industriels français ont ainsi mis en ligne une vidéo qui prétend qu’on utilise des nitrites depuis la nuit des temps. C’est exactement ce que racontent les industriels américains, ce qu’ils répètent en permanence. Ils nous font croire que la pratique du nitritage est aussi vieille que l’invention des jambons et des saucissons, alors qu’il n’en est rien. Les recettes anciennes montrent que les charcuteries ont longtemps été fabriquées avec du sel et du poivre, rien de plus. Longtemps, le salpêtre puis les nitrites étaient considérées comme des curiosités et utilisés de manière anecdotique.

L’Agence sanitaire européenne (European food safety authority, EFSA), habilitée à réguler les additifs dans les charcuteries consommées dans les pays membres, contribue à brouiller les cartes...
L’EFSA, connue pour les conflits d’intérêt qui règnent en son sein, pourrit le débat scientifique. Elle créée des comités bidons qui ne servent qu’à semer le doute et obtenir des délais pour ne rien changer. En alliée fidèle des charcutiers industriels, l’EFSA fixe des « taux maximum » de nitrite tout en reconnaissant qu’ils ne tiennent pas compte des effets cancérogènes des métabolites du nitrite. À l’image des charcutiers, elle est intarissable sur les dangers du botulisme de façon à justifier son inaction.
Produire autrement de la charcuterie propre à la consommation est-il possible ?
La seule vraie solution, pour écarter ce risque de cancer, c’est de fabriquer des charcuteries sans nitrites ni nitrates. C’est possible, les fabricants des jambons de Parme l’ont prouvé, en renonçant dès 1993 à l’usage de nitrites et de nitrates. Ils sortent 9 millions de jambons par an et n’ont pas eu un cas de botulisme en 25 ans ! Leur processus prend plus de temps et demande plus de soins. Il faut respecter des règles d’hygiène strictes et mettre en place de longues périodes de réfrigération et de maturation. Cela oblige à adapter l’outil de production : changement des machines et des équipements de réfrigération, révision des processus de fabrication. Tout cela aurait un coût, bien sûr.
Il faudrait aussi revoir la filière en prenant des viandes de meilleure qualité, plus mûres. Les fabricants qui renoncent aux additifs nitrés utilisent généralement du cochon qui a entre 12 à 18 mois, contre 6 mois dans les grandes industries charcutières. Il s’agit de transformer les modes de fabrication pour aller vers des productions plus locales, plus raisonnables, plus vertueuses. Ce que ne permettent pas les nitrites : des cochons de mauvaise qualité, il faut produire vite ; les conditions de travail des producteurs de cochon sont difficiles ; celles des ouvrières et ouvriers dans les usines de transformation sont infernales... 
Il s’agit en fait de remettre à l’endroit un système pourri où tout marche à l’envers.


vendredi 7 avril 2017

Le droit au doute, tout de suite!

(d'après Nicolas Bérard, l'Age de Faire, décembre 2016)

Les sels nitrités, injectés dans les jambons pour leur donner la couleur rose, ne présentent aucun danger pour la santé ; les rejets de boues rouges en Méditerranée n’ont aucun impact sur l’environnement ; le réchauffement climatique n’a aucun lien avec l’activité humaine... Ne vous énervez pas, mais c'est un fait! Vous trouverez facilement des « études scientifiques » qui vous démontreront que toutes ces allégations décrivent bel et bien la vérité.


Ce travail de DESINFORMATION se fait à plusieurs niveaux. 

Le premier niveau, c’est celui du langage.

Ainsi, plutôt que de parler de « boues », les experts en communication au service de l’industriel ont préféré imposer le terme de « résidus ». Et plutôt que de dire qu’elles n’étaient « pas toxiques » (ce qui laisse toujours supposer l’inverse), ils ont opté pour un terme parfaitement neutre : « inerte ». Avouons-le : rejeter des « résidus inertes » au fond de l’eau, c’est beaucoup moins inquiétant que de balancer des « boues toxiques » dans la Méditerranée.

Deuxième niveau : celui de la lutte scientifique. 

Il y a heureusement des experts pour alerter sur les dangers de telle ou telle pratique, de tel ou tel produit. Le magazine Cash investigation, diffusé sur France 2, était par exemple allé à la rencontre de Susan Preston-Martin, une chercheuse en épidémiologie qui avait montré un lien entre une consommation excessive de hot-dog et le développement de certains cancers. 
À peine ses conclusions étaient-elles publiées qu’une armée de « confrères », rémunérés par l’industrie agroalimentaire, se mettait en branle pour pointer de supposées approximations et de prétendues erreurs de la scientifique. 
« C’est un grand classique », explique, dans Cash, le professeur Stanton Glantz, qui a étudié les méthodes développées par l’industrie du tabac. 
Les professeurs Seralini (qui fait un lien entre la consommation d’OGM et l’apparition de certains cancers) et Belpomme (qui a dénoncé l’utilisation du très nocif pesticide chlordécone aux Antilles et travaille sur les ondes électromagnétiques) peuvent vous en parler. Et nous manquons ici de place pour citer tous les chercheurs ayant fait l’objet de telles cabales.

Après avoir décrédibilisé l’adversaire, l’industriel s’emploie généralement à produire sa propre documentation pour donner un (semblant de) crédit scientifique aux thèses qui lui conviennent.
Comme les questions abordées sont assez techniques, à moins d’être très pointu, tout ce que vous entendez, c’est : « tel scientifique a dit ça, tel autre a dit le contraire ».

Professeur Stanton Glantz:« Tant qu’il y a controverse, il y a doute, et le doute bénéficie toujours à l’accusé », poursuit dans Zone Rouge Frédéric Ogé, chercheur au CNRS. 

Troisième niveau: celui des décisions politiques

En faisant valoir qu’il n’y a pas de consensus scientifique, l’industriel repousse les décisions politiques. 
Une méthode qui est d’autant plus efficace que les responsables politiques ne demandent souvent qu’à se faire bercer d’illusions par les grandes firmes. 
Il n’y a pas si longtemps, fumer était bon pour la santé, l’amiante ne présentait aucun danger et le Médiator était un médicament homologué par l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssap). 
Les OGM dans nos assiettes, les ondes électromagnétiques, l’aluminium de nos vaccins, les sels nitrités de nos jambons, ou les boues toxiques dans la Méditerranée sont-ils inoffensifs ?

Chacun a le droit d’en douter. Au minimum !