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samedi 27 juillet 2019

Les bienfaits du réchauffement climatique !

Oui, le réchauffement climatique est une réalité, et oui, c'est une réalité catastrophique!
Mais comme il faut toujours regarder toutes les faces d'un problème pour mieux l' affronter, demandons-nous s'il n'y aurait pas quelques bienfaits à tirer dudit réchauffement.


L’amélioration de la navigation et du transport maritime

La fonte de la banquise, en particulier en hiver, libérera des glaces plus longtemps (voire totalement) certains ports de la mer Baltique et de l'océan Arctique. En outre, la disparition de la banquise ouvrira le passage du nord-ouest à la navigation.
En rouge le futur passage du Nord-Est (photo NASA/Wikimedia)

À titre d'exemple, ce passage raccourcirait la navigation entre Londres et Tokyo. Le trajet passerait de 23.300 km (via le canal de Panama) ou 21.200 km (via celui de Suez) à 15.700 km. Cela réduirait la durée et le coût du transport maritime.
NB. Mais si le réchauffement climatique réduit la durée et le coût d'un trajet Londres-Tokyo, nos businessmen ne seront-ils pas tentés de multiplier lesdits déplacements?

L’accès aux ressources de l'océan Arctique

La fonte de la calotte polaire ouvrirait aussi l'accès aux richesses minières et énergétiques des fonds de l'océan Arctique. De nouveaux gisements de métaux précieux, de gaz et de pétrole pourraient alors être exploités.
NB. Mais si l'on a accès à de nouveaux gisements de gaz et de pétrole, ne va-t-on pas les exploiter jusqu'à épuisement pour prolonger la sacro-sainte "croissance"?
source infoguerre.fr
L’augmentation de la production agricole

L'élévation de la température et de la concentration atmosphérique en CO2 favorise le métabolisme des végétaux et leur photosynthèse. Si les autres ressources nécessaires à la croissance végétale sont présentes, la productivité végétale devrait augmenter.

D'autre part, le dégel du permafrost, suite à l'élévation de la température, ouvrira de nouvelles surfaces à l'agriculture tandis que les conditions thermiques permettront aux différentes plantes de pousser à de plus hautes latitudes.
Dégel du permafrost en Sibérie. Source Novethik
Toutes ces modifications devraient donc accroître la productivité agricole des terres aux alentours des pôles.
NB. Pour 9 milliards d'êtres humains, il faudra certes une production agricole conséquente... Mais sa répartition ne sera pas plus égale que maintenant (quid alors de l'Afrique devenue un désert, quid de nos régions actuellement tempérées devenues brûlantes?), et les famines ne cesseront toujours pas. il faut ajouter que le dégel du permafrost va aussi libérer pas mal de gaz à effet de serre...

Une baisse de la facture de chauffage

Conséquence physique du réchauffement de certaines parties du monde, les dépenses énergétiques liées au chauffage baisseront.
NB. Oui, c'est évident, mais en contre-partie les dépenses liées au refroidissement de nos bâtiments et de nos véhicules augmenteront. 
L'isolation thermique ne peut pas tout, la climatisation même sous forme de pompe à chaleur réversible s'imposera dans nos bâtiments, et elle a besoin d'énergie. Les transports en commun aussi... 



Réduction des effets sanitaires liés au froid
source CIBPL

Le réchauffement devrait entraîner une réduction des pathologies liées aux climats froids (engelures, rhumes, etc.). Par conséquent, le coût sociétal de ces pathologies devrait baisser avec la réduction de la quantité de médicaments utilisés, des hospitalisations, de la mortalité, etc.
NB. Une autre évidence. On mourra moins de pneumonie mais plus de déshydratation, surtout dans les pays pauvres. Sans compter que les virus et bactéries prolifèrent beaucoup plus facilement dans la chaleur, et que le dégel du permafrost risque d'en libérer pas mal... Bénéfice nul, là aussi.

Une nouvelle richesse pour certains pays

L'ensemble de ces avantages liés au réchauffement climatique profiterait aux pays proches des pôles (Canada, Russie, Argentine, etc.). 
NB. Et les autres? C'est une nouvelle géopolitique qui se dessine, dans laquelle certains seraient toujours les parents pauvres, s'ils ne sont pas tout simplement rayés de la carte par la montée des eaux (cf le Bangladesh!)
L'habitat de dizaines de millions de personnes
disparaîtra sous les eaux au Bangladesh
(source Climatechange)
Conclusion:

Les bénéfices potentiels du changement climatique pourraient peut-être prolonger notre mode de vie occidental de quelques dizaines d'années, au prix de conflits et bouleversements sociaux dramatiques. 

Mais ils ne doivent pas masquer les impacts négatifs plus importants que l'on ressentira tous, que ce soit au niveau environnemental, géopolitique, sanitaire, économique. Qui pourraient aboutir au déclin inéluctable de notre civilisation humaine si nous continuons à ne pas réagir...



samedi 3 novembre 2018

Mon Livret de Développement Durable et Solidaire est -il vraiment durable et solidaire?

Nous avons tous, plus ou moins, quelque part, un Livret de Développement Durable et nous pensons ainsi favoriser (un peu) la transition écologique. Qu'en est-il réellement?

Le Livret de Développement Durable et Solidaire (LDDS) (comme le Livret A et le Livret d’épargne populaire), fait partie de l’épargne réglementée par les pouvoirs publics, ce qui permet de bénéficier de placements sûrs, à des taux d’intérêt plafonnés mais indexés sur l’inflation et dont les intérêts versés sont exonérés d’impôt et de prélèvement social. 
Le montant total de l’épargne placée par les Français sur les 23,9 millions de LDDS s’élevait à 106 milliards d’euros en juin 2018. 
Cette épargne réglementée est censée être utilisée pour des investissements à long terme en faveur du logement social, des collectivités locales, des PME ou de la transition écologique.

Mais est-ce vraiment la réalité ?



Non !
Les grandes banques et la Caisse des dépôts et consignations (CDC) collectent et gèrent l’argent du LDDS de manière opaque. Seule une petite partie de cet argent finance réellement la transition écologique, les travaux d’économie d’énergie dans les bâtiments anciens ou l’économie sociale et solidaire.
Pire, les banques et la CDC sont incapables de garantir que l’argent du LDDS n’alimente pas les 200 multinationales responsables de 90% des émissions de gaz à effet de serre, cause majeure des dérèglements climatiques. 
En effet, la Caisse des dépôts et consignations (CDC), contrôlée totalement par le gouvernement, centralise 60% des fonds du LDDS. Les grandes banques gardent 40 % de la collecte du livret. 
Un rapport publié en décembre 2017 par l’Observatoire des multinationales démontre que la CDC investit massivement dans des multinationales du secteur des combustibles fossiles telles que Engie ou Total et notamment dans 12 projets particulièrement polluants et dangereux pour le climat et les communautés.

Pour en savoir plus : https://france.zerofossile.org/cdc/
Il faut obtenir que le livret de développement durable et solidaire (LDDS) serve uniquement à financer des projets réellement durables et solidaires. Pour ce faire les 200 entreprises responsables de 90% des émissions de gaz à effet de serre, cause majeure des dérèglements climatiques, doivent être exclues, par une réglementation stricte et contraignante, des portefeuilles financés par l’épargne du LDDS. 
Après la publication du rapport alarmant du GIEC ce 8 octobre, l’heure n’est plus aux petits pas ou aux plans de communication. Il est urgent de sortir des sommes colossales des énergies fossiles pour les réorienter vers le financement de la transition écologique et sociale. Il faut que  la CDC et les grandes banques ne fassent plus n’importe quoi avec notre argent 
Alors que faire ?

Se mobiliser pour :

  • Exiger la transparence à la CDC et aux banques sur l’usage qu’elles font de l’argent du LDDS. « Pas avec mon argent ! Mon livret de développement durable et solidaire ne doit plus financer les énergies fossiles » .
  • Obtenir l’exclusion des 200 entreprises responsables de 90% des émissions de gaz à effet de serre, cause majeure des dérèglements climatiques, par une réglementation stricte et contraignante, des portefeuilles financés par l’épargne du LDDS.

Comment ?

Chaque citoyen peut agir individuellement et collectivement pour que l'épargne du LDDS ne soit plus utilisée pour financer les énergies fossiles et la finance nocive. Il est possible à moyen terme de sortir des milliards d'euros de ces industries toxiques.


  • (d'après https://france.attac.org/se-mobiliser/pasavecnotreargent)



samedi 28 juillet 2018

Alerte! C'est la surchauffe!



(d'après https://www.notre-planete.info/ 26/07/2018)


Alors que la France est affectée par une chaleur et une sécheresse persistante depuis plus d'un mois, plusieurs régions du monde connaissent également des épisodes de chaleur extrême, notamment l'hémisphère Nord et même les régions polaires.
"Ces vagues de chaleur sont comme souvent liées à des « dômes d'air chaud » peu mobiles, pouvant parfois stagner sur une même zone pendant quelques semaines, voire des mois. Le plus exceptionnel d'entre eux est probablement celui qui touche la Scandinavie" explique Météo-France dans son actualité.

Europe : la Scandinavie bat de nombreux records de chaleur

A cause d'un blocage anticyclonique persistant depuis plusieurs semaines sur l'Europe du Nord, la Scandinavie et plus précisément la Fennoscandie (Finlande, la péninsule Scandinave, la Carélie et la péninsule de Kola) connaît des températures record. La température a même dépassé les 30 °C au-delà du cercle polaire !
Ainsi, en Norvège, une température record de 33,5 °C a été relevée à Badufoss le 17 juillet, et dans la région finlandaise de Kevo, le mercure a atteint 33,4 °C, précise l'Organisation Météorologique Mondiale.
Toujours en Norvège, "la température est montée jusqu'à 33,7°C à la fois le 16 juillet à Frosta et le 18 juillet à Drag (record de juillet pour le comté de Nordland). Plusieurs stations ont observé un nouveau record absolu tous mois confondus (32,4°C à l'aéroport de Trondheim-Vaernes, 30,4°C à Bodo, en Norvège, 32,6°C à Mo I Rana et à Namsskogan le 18/07). 
Plusieurs records de chaleur jusqu'à l'extrémité nord de la Scandinavie le 19 juillet (en Laponie norvégienne, comté du Finnmark) parfois à plus de 70°N de latitude comme par exemple les 33°C à Lakselv ou 32.7°C à Berlevåg, soit plus de 15 degrés au-dessus des moyennes climatologiques ! 
Dans la nuit du 18 au 19 juillet, sous l'influence de vents de sud soufflant jusqu'au nord de la Scandinavie, la température n'est pas descendue sous 25,2°C au phare de Makkaur (à une latitude de 70.7°N sur la côte nord du Finnmark, au bord de la mer de Barents ! Il s'agit de la nuit la plus chaude jamais observée dans le nord de la Scandinavie et le record pour l'Arctique." détaille Météo-France.
Et ce n'est pas terminé :
  • en Suède, on a relevé jusqu'à 34,4°C à Uppsala le 16 juillet, température la plus haute dans cette ville depuis 1975.
  • Un record absolu a été battu près du cercle polaire à Kvikkjokk avec 32,5°C le 17/07.
  • En Finlande, le mercure est monté jusqu'à 33,7°C à Vaasa le 18 juillet.
  • 33,4°C mesurés le 18 juillet à Utsjoki Kevo (à plus de 69°N de latitude), nouveau record absolu de chaleur pour la Laponie finlandaise.
  • Records aussi à Rovaniemi (32.2°C) ou encore à Sodankyla (32.1°C).
  • En Laponie russe, Mourmansk a dépassé la barre des 30°C pendant 4 jours consécutifs du 17 au 20 juillet (jusqu'à 32,2°C le 18/07) et ce seuil est de nouveau atteint ce 25 juillet.

Sécheresse sur le nord de l'Europe

Dans une grande partie du nord de la Sibérie, la température était exceptionnellement élevée en juin 2018. Cette tendance s'est poursuivie la première semaine de juillet où la température n'étant pas descendue en dessous de 30 °C pendant plus de cinq jours. 
Dans la région de Krasnoïarsk, des anomalies quotidiennes de 7 °C au-dessus de la normale ont été enregistrées et les incendies mettent déjà en péril quelque 80 000 hectares de forêt.Cette vague de chaleur s'inscrit dans le prolongement d'un mois de mai exceptionnellement sec et chaud dans le nord de l'Europe qui a notamment profité à l'apparition de quelque 50 incendies de forêt en Suède à la mi-juillet. 
En Irlande, l'ensemble des stations du pays font état d'une sécheresse absolue.Le Royaume-Uni, quant à lui, a connu sa première moitié de l'été la plus sèche depuis le début des relevés, puisqu'il n'est tombé que 47 mm de pluie du 1er juin au 16 juillet.
Enfin, le nord de la France connaît actuellement de fortes températures (supérieures à 35°C), mais aussi l'Espagne, l'Autriche, la Pologne, les Pays-Bas, la Grèce où des incendies meurtriers se sont déclarés.




Afrique : probable record absolu de chaleur battu

À Ouargla, dans le Sahara algérien, une température maximale de 51,3 °C a été enregistrée le 5 juillet, battant le précédent record de 50,6°C à In Salah le 12 juillet 2002. "Tout semble indiquer qu'il s'agirait de la température la plus élevée jamais relevée en Algérie par des instruments fiables. En effet, selon la base de données des extrêmes météorologiques et climatologiques de l'OMM, le record africain de température est actuellement détenu par la ville tunisienne de Kebili, où le thermomètre est monté à 55 °C en juillet 1931. Mais la fiabilité des relevés de température effectués pendant la période coloniale en Afrique a été remise en question", précise l'OMM. Dans ce cas, il pourrait s'agir du record de chaleur pour l'Afrique.
"Cette chaleur, principalement algérienne, a ponctuellement débordé sur la Tunisie : des niveaux records ont été observés à Tozeur (49.2°C le 5/07) puis à Kairouan (48.3°C le 14/07). Plus récemment, Touggourt (Algérie) a aussi battu son record absolu (496°C le 21/07)," ajoute Météo-France.
Le 28 juin, à Qurayyat, au sud de Mascate, sur la côte du Sultanat d'Oman, une température minimale quotidienne de 42,6 °C a été enregistrée, ce qui signifie que la température n'est pas descendue en dessous de ce chiffre pendant la nuit !
Aux Emirats arabes unis (E.A.U.), le thermomètre a atteint 51.4°C à Saih al Salem le 11 juillet, record absolu pour la région de Dubaï et une des températures les plus élevées jamais mesurées sur les E.A.U.

Asie : de nombreux records de chaleur battus

La chaleur n'épargne pas certaines régions du continent asiatique où de nombreux records de chaleur ont été battus :
  • le Japon a battu son record de chaleur avec 41,1° à Kumagaya (le précédent record est de 41°C mesurés à Shimanto le 12 août 2013) et 40,8 °C a été relevé à Oume le 23 juillet.
  • Tokyo a atteint 39°C, 3e température la plus élevée jamais mesurée dans la capitale nippone en 144 années de mesures (pas loin du record absolu de 39,5°C datant de juillet 2004).
  • Du 14 au 25 juillet, Kyoto a dépassé à 8 reprises son ancien record mensuel de chaleur (qui était de 38.3°C) et à même égalé son record absolu tous mois confondus avec 39.8°C le 19/07, le tout avec des températures minimales nocturnes comprises entre 25 et 29°C !
  • En Corée du Sud, Séoul a atteint 38°C le 22 juillet (à 0,4° de son record absolu). La nuit suivante a été exceptionnellement chaude avec une minimale de 29,2°C au plus  « frais » de la nuit.
  • En Corée du Nord, la température a atteint 39,7°C à Wonsan le 22 juillet, un record absolu en plus d'un siècle de mesures.
  • Azerbaïdjan : 42.7°C à Bakou le 1er juillet, record absolu de chaleur battu.
  • Géorgie : 40.5°C à Tbilissi le 4 juillet, record absolu de chaleur battu.
  • Arménie : 42.4°C à Erevan le 12 juillet, record absolu de chaleur battu.
  • Afghanistan : Kaboul a battu son record absolu de chaleur, avec 40,5°C le 22 juillet (à 1 790m d'altitude).
  • En Iran, 53°C a été mesurée à la station agrométéorologique d'Ahwaz le 2 juillet.
Le nord de la Chine connaît également des températures très supérieures à la normale.

Amérique du Nord : jusqu'à 52,9° dans la Vallée de la Mort en Californie

Le 24 juillet, 52,9°C a été relevé à Furnace Creek dans la Vallée de la Mort (Californie - Etats-Unis), après 52 °c le 8 juillet 2018. La Vallée de la Mort (Etats-Unis) est l'endroit le plus chaud de notre planète et détient le record de température mondial avec 56,7°C en 1913.
"D'autres régions de la Californie ont également subi des températures extrêmes. Au centre-ville de Los Angeles, un nouveau record de température minimale nocturne de 26,1 °C a été enregistré le 7 juillet. 
À Chino, près de Los Angeles, une température record de 48,9 °C a été relevée. Le 6 juillet, un record absolu de 45,6°C a été établi à l'aéroport de Burbank, le dernier datant de 1971 (45°C) et à l'aéroport de Van Nuys, le Service météorologique national des États-Unis a enregistré une température record de 47,2°C.
Le Service météorologique national des États-Unis a diffusé un avis de température élevée pour le sud-est de la Californie, ainsi que le sud-ouest et le centre-sud de l'Arizona, valable jusqu'au 25 juillet. La température pourrait atteindre 46 °C dans la vallée de Las Vegas et 53 °C dans le parc de la Vallée de la mort." explique l'OMM.

Juin 2018 : le 2e mois le plus chaud jamais enregistré

Selon le Service Copernicus de surveillance des changements climatiques du Centre européen pour les prévisions météorologiques à moyen terme (CEPMMT), à l'échelle du globe, juin s'est placé au deuxième rang des mois de juin les plus chauds jamais enregistrés. Jusqu'à présent, l'année en cours est la plus chaude année La Niña jamais observée.

Records de chaleur : le réchauffement climatique en cause ?

Ces records de chaleur ne signifient pas qu'il fait uniformément bien trop chaud sur la surface de la Terre, certaines régions connaissent des températures plus fraîches que la normale. Cependant, "à l'échelle globale les anomalies chaudes sont prédominantes et plus intenses que les anomalies froides", précise Méteo-France.
"De nombreux chercheurs tentent de déterminer si les changements climatiques et l'évolution marquée de la température de surface de la mer, amplifiés par une variabilité naturelle pluridécennale élevée, contribuent à des effets plus importants en modifiant la circulation atmosphérique, entraînant ainsi un plus grand nombre de « situations de blocage ». Même s'il n'est pas possible d'imputer d'emblée l'occurrence de vagues de chaleur ou d'épisodes de chaleur extrême spécifiques aux changements climatiques dus à l'activité humaine, cette possibilité cadre avec les scénarios scientifiques." explique l'Organisation Météorologique Mondiale.
La multiplication des vagues de chaleur et l'augmentation de leur intensité fait partie des scénarios prévus par les rapports du GIEC sur le changement climatique. Depuis maintenant près de 40 ans, la température moyenne mondiale ne cesse d'augmenter, tandis que l'entrée dans le XXIe siècle s'est soldée par des records successivement battus de chaleur.






samedi 7 juillet 2018

Migrants: on fait le point !

« Le changement climatique est une persécution que nous, Occidentaux, infligeons aux plus vulnérables »


d'après "Entretien avec François Gemenne" 28/06/18 6 Reporterre.net

Fin juin s'est déroulé un sommet européen sur la question des migrations, qui a accouché au forceps de plusieurs idées: meilleure coopération au sein de l'UE ("qui arrive en Italie arrive en Europe"), création de plateformes de débarquement gérées par l'ONU en-dehors de l'UE, création de centres d'accueil à l'intérieur de l'UE.... 

Dans ce contexte tendu, il faut mettre à bas quelques idées reçues. 

Non, il n’y a pas d’invasion. 
Non, le tri entre migrants n’a aucun sens. 
Oui, les migrations sont un phénomène structurel et inévitable. 
Et nous, Occidentaux, en sommes responsables, de par la « persécution » que nous infligeons aux plus vulnérables par nos modes de vie prédateurs.


Parmi les chercheurs qui planchent sur le sujet, François Gemenne est l'un des principaux. Ses recherches sont essentiellement consacrées aux migrations et aux déplacements de populations liés aux changements de l’environnement, notamment aux catastrophes naturelles, ainsi qu’aux politiques d’adaptation au changement climatique.

Question : La crise de l’Aquarius a relancé le débat européen sur les migrations. Un sommet s'est tenu en juin à Bruxelles. On entend beaucoup parler du « tri » qu’il faudrait effectuer entre réfugiés politiques et migrants économiques, de l’« appel d’air » qu’il ne faudrait pas créer en accueillant les naufragés. Que vous inspire cette situation ?


Réponse de François Gemenne :
Il y a un an environ, le Journal du dimanche avait titré « Voilà comment Collomb veut faire un tri des migrants ». À l’époque, cela avait fait hurler toute la classe politique. Même Collomb avait dû se justifier en parlant d’une petite facilité de langage. Aujourd’hui, cette expression de « tri » est passée dans le langage courant. Plus personne n’est choqué par l’idée de « trier » les migrants. De même, toute une série de mots qui nous paraissaient inacceptables et propres au lexique de l’extrême droite il y a peu font désormais partie de notre vocabulaire. Tout le monde à gauche comme à droite parle de « l’appel d’air ». Dans un an, on parlera sans problème du « grand remplacement ». Dans deux ans, on séparera les enfants des parents à la frontière extérieure de l’Europe. Tout recule à vitesse grand V. L’extrême droite impose extraordinairement rapidement toutes ces mesures, tout son agenda, tout son champ lexical.

Pourquoi ?

La gauche et la droite ont capitulé sur ce sujet. L’immigration est considérée comme une anomalie, un problème à résoudre. Il n’y aurait donc pas besoin de réfléchir à un réel projet politique pour y répondre. L’extrême droite est la seule force politique à développer un projet politique en matière d’asile et d’immigration — certes détestable — mais cohérent. Et les derniers gouvernements démocrates en Europe pensent que le meilleur moyen de lutter contre l’extrême droite c’est d’appliquer ses mesures.

Y compris en France ?

Y compris en France.
Plusieurs articles du projet de loi Asile et Migration sont à l’origine des mesures issues de l’extrême droite. Partout dans le monde, des mesures sont directement inspirées par l’extrême droite, et vont même parfois plus loin. Il y a quinze ans, même le Front national [désormais Rassemblement national] n’aurait pas demandé à séparer enfants et parents dans des centres de rétention.
Harald Welzer, dans son livre « Les guerres du climat », explique que les sociétés occidentales seraient prêtes à abandonner leur idéaux démocratiques et de respect des droits de l’homme pour conserver leur confort matériel

Serions-nous prêts à reculer sur les libertés fondamentales pour nous « protéger » de l’immigration ? Il y avait une marche vers le progrès, la consolidation de la démocratie. Aujourd’hui, ce serait l’inverse?

Très clairement. Il n’y a plus de consensus entre gauche et droite sur les droits de l’homme. C’est devenu une question partisane. Aujourd’hui, celui qui aborde ce sujet est catalogué comme une sorte de « bobo, gauchiste, proche des islamistes ». Ce n’est pas pour rien que les États-Unis sortent du Conseil de l’ONU sur les droits de l’homme. Ce recul est très inquiétant, car jusqu’ici, on a vécu dans l’illusion d’une consolidation de la démocratie. Il y avait une marche, un progrès inéluctable des droits humains. Aujourd’hui, c’est l’inverse. De plus en plus de gens — singulièrement parmi les jeunes — se disent prêts à accepter, voire à soutenir, un régime autoritaire.

Pourquoi des milliers de citoyens sont-ils séduits par des thèses xénophobes ?

Les opinions sont dominées par la peur, et par la conviction qu’il y a une crise profonde à résoudre. Les populistes européens parlent de crise migratoire, et véhiculent l’idée d’une invasion qui menacerait nos valeurs, notre culture, nos emplois. Et nos dirigeants ont parfaitement compris quel profit électoral ils pouvaient tirer d’une posture autoritaire assumée. Nous sommes de plus en plus gouvernés par des monstres. Stephen Miller, le conseiller de Trump qui a initié l’idée d’une séparation entre les enfants et leurs parents à la frontière mexicaine, a 32 ans, c’est un Machiavel moderne. Il espère qu’en divisant profondément l’opinion publique américaine, les gens vont finir par soutenir Trump, par peur de la division et besoin de se rassembler. L’idée de séparer les enfants migrants n’est donc pas liée à la question migratoire, mais c’est une stratégie pour gagner les élections de mi-mandats.

Les migrants sont des boucs émissaires, ou des pions sur l’échiquier politique. À propos de l’accueil de l’Aquarius, les gouvernements italien et français ont joué un coup. Sauf que tout ceci se fait sur le dos d’hommes, de femmes et d’enfants qui sont en grand danger. Les migrants sont un punching ball facile, car ils ne votent pas, ils ne manifestent pas, et leur cause mobilise peu de personnes.

Avons-nous tort d’avoir peur ?

Nos sociétés sont aujourd’hui traversées par une « fracture de mondialisation ». Séparant une élite qui profite de tous les avantages de la mondialisation, et une frange majoritaire de notre société qui se sent abandonnée. Le « village global » des années 1990 n’est pas advenu. Ils ont peur d’être broyés par cette élite pour qui les frontières ne représentent plus rien. Car, pour la majorité de la population, les frontières apparaissent comme le dernier rempart pour protéger leur niveau de vie, leur emploi, leur retraite.

Ils voient tout ce qui se trouve de l’autre côté comme une menace. Parce qu’ils définissent leur identité collective par l’intérieur de la frontière. Elle est un symbole qui s’adresse non pas à ceux qui sont à l’extérieur, mais à ceux qui sont à l’intérieur. On nous avait promis l’avènement d’une citoyenneté mondiale, mais c’est l’inverse qui se produit : les gens se définissent avant tout comme citoyen de l’intérieur de leurs frontières.

On substitue en quelque sorte la peur de l’étranger à la lutte sociale. Ce qui menace le plus nos sociétés, c’est la prédation exercée par les plus riches.

Cette prédation est globalisée et associée à la mondialisation. Paradoxalement, les luttes sociales ou les luttes écologistes ne sont plus pensées que dans le strict cadre national. Plus personne ne parle de « l’internationale socialiste ». C’est assez dramatique.

Sur la question écologique, on assiste à un retour très fort de toutes une série d’initiatives locales. Ce qui éclipse en partie la dimension globale et la nécessité d’un combat international contre le changement climatique. On va acheter des fruits et légumes chez le producteur d’à côté, mais on va à côté partir en week-end en avion au bout du monde. Je ne veux pas vouer aux gémonies les initiatives locales. Mais le local ne va pas sans le global.

On nous parle beaucoup d’invasion : est-ce le cas ?

Non, même s’il y a effectivement eu en 2014, en 2015 et dans une moindre mesure en 2016, des flux plus importants que d’habitude. Un peu supérieurs à ceux qu’on a connu pendant la guerre des Balkans dans les années 1990.

Toute l’attention des médias, des opinions publiques et des politiques s’est focalisée sur la crise en Méditerranée, en oubliant que l’essentiel de l’immigration en Europe continuait à arriver par avion, par des voies parfaitement légales pour des études, pour des regroupements familiaux et des questions professionnelles. Au plus fort de la crise, ceux qui traversent la Méditerranée ne représentent qu’un quart des immigrants annuels en Europe. Depuis le début de l’année 2018, on est autour de 45.000 à 50.000 traversées. À titre de comparaison, la France délivre 200.000 permis de séjour par an.

Je ne nie pas le fait qu’il y ait eu un afflux important. Mais surtout, cet afflux s’est concentré sur certaines zones de tension en Grèce, en Italie, à Malte, en Hongrie. Localement les autorités ont été dépassées par la situation. Rien ne préparait les mairies de Lesbos, de Lampedusa ou d’autres à devoir faire face d’un coup à des milliers de gens en détresse.
camp de réfugiés à Lesbos - image RFI
Le problème est que les gouvernements européens ont confié les rênes de leur politique migratoire aux passeurs, qui décident combien de gens arrivent, quand et où. Forcément cela s’est fait de façon complètement désorganisée. D’où ces images de submersion, ou d’invasion.

Aujourd’hui, les dirigeants européens, Emmanuel Macron en tête, mettent en avant le « tri »qu’il faudrait effectuer entre « bons » et « mauvais » migrants, autrement dit entre réfugiés politiques et migrants économiques. Cette distinction a-t-elle un sens ?

Curieusement, cette « crise des réfugiés » a fait ressortir cette dichotomie, qu’on pensait en voie de disparition depuis les années 1990. Les travaux de recherche ont en effet mis en évidence que les gens ne migrent plus d’un pays A vers un pays B pour une raison précise, comme cela a pu être le cas dans les années 1950 au moment où la Convention de Genève a posé les grandes bases du droit d’asile et du droit des réfugiés. Aujourd’hui, les migrations sont étalées dans le temps et éclatées géographiquement. Les gens ne vont plus d’un pays A vers un pays B, mais passent par C et par D, avec des détours par Z et par Y. C’est ce que certains chercheurs appellent la migration mixte. Les motifs de migration se juxtaposent les uns les autres, s’influencent mutuellement. Donc, cette dichotomie qu’on avait établi dans les années 1950 entre réfugiés politiques, protégés par la Convention de Genève, et migrants économiques ne marche plus du tout aujourd’hui.

La négociation de la Convention de Genève en 1951 ressemblait à une négociation de marchand de tapis. Il s’agissait de régler la question des réfugiés juifs au sein de l’Europe après la Seconde guerre mondiale, entre la France, les États-Unis, l’Angleterre et la Russie. La Russie bolchévique avait proposé d’élargir dans les critères des réfugiés la question des « persécutions économiques », dans l’idée de pouvoir accueillir les victimes du capitalisme. La France, les États-Unis et l’Angleterre ne l’ont pas accepté, mais si la négociation avait tourné différemment, on parlerait aujourd’hui de réfugiés économiques. Et, la persécution économique aurait été retenue comme un critère de droit d’asile...

Alors que les négociateurs précisaient explicitement que la Convention de Genève n’avait pas vocation à s’appliquer aux réfugiés futurs mais uniquement aux Juifs déplacés en Europe, cet instrument est aujourd’hui devenu l’alpha et l’oméga du droit d’asile et des politiques migratoires.

Les gouvernements ont ressorti cette dichotomie, non pas pour décrire la réalité empirique des migrations mais pour justifier leur politique migratoire. C’est une façon de rendre acceptable aux opinions publiques le fait qu’on va en accepter certains et en laisser d’autres.

Mais de plus en plus de personnes sont aujourd’hui déplacées par la dégradation de l’environnement, notamment par les impacts du changement climatique. Les migrants environnementaux sont-ils des réfugiés politiques, des migrants climatiques ? 

Les facteurs économiques, politiques et environnementaux s’imbriquent les uns dans les autres. Les crises en Afrique de l’Est, liées à des sécheresses, à des famines, peuvent fragiliser des gouvernements, créer des troubles sociaux et amener à des conflits.« Cela n’a pas de sens de catégoriser les gens en migrants climatiques, politiques, économiques »

Arrive-t-on pour autant à isoler le facteur climatique ? Peut-on parler de réfugiés climatiques ?

Cela n’a pas de sens d’isoler un facteur des autres. Cela n’a plus de sens de catégoriser les gens. Il s’agit de catégories politiques, qui ne décrivent pas la réalité empirique. Certains doivent avoir droit à une protection spécifique, parce qu’ils sont persécutés ou parce qu’ils fuient une guerre. Mais l’essentiel est de comprendre l’imbrication des facteurs et des problématiques.

Pourtant, vous avez coordonné un Atlas des migrations environnementales...

Parler de migrations environnementales permet de souligner le rôle croissant de l’environnement comme facteur de migration et de déplacement. Mais on aurait pu parler d’un atlas des migrations, tout court.

Pendant des années, on a évoqué le chiffre de 250 millions de réfugiés climatiques en 2050. Ce chiffre n’a donc plus de sens ?

On peut donner des chiffres au niveau local, pour dire telle catastrophe a déplacé tant de milliers de personnes. Mais je ne m’avancerai pas à donner un chiffre global.

Si la question environnementale est liée aux autres facteurs de migration, peut-on encore parler de réfugiés climatiques ?

L’idée de réfugiés climatiques a seulement une vocation pédagogique pour souligner, auprès des gouvernements et auprès des opinions, l’importance de l’environnement comme motif de migration. Cela ne doit pas devenir une catégorie politique.

Je défends le terme de réfugiés climatique, car au cœur du concept de « réfugiés » se trouve l’idée de persécution. Il est important de parler de « réfugiés » plutôt que de « migrants climatiques », pour souligner le fait que le changement climatique est une forme de persécution consciente que nous, Occidentaux, infligeons aux plus vulnérables. A chaque fois que nous émettons des gaz à effet de serre, nous créons une persécution politique à l’encontre des plus vulnérables.

Parce que nous émettons plus de gaz à effet de serre qu’un habitant d’Érythrée ?

Oui. Et parce que nous savons pertinemment les effets que cela provoque. Nous nous rendons coupables d’une persécution. Nous en sommes collectivement responsables. C’est une question de justice climatique. Paradoxalement, les migrations dites environnementales sont considérées à la fois comme une catastrophe à éviter à tout prix, mais aussi comme une solution d’adaptation à encourager pour les populations les plus vulnérables. On est dans une situation très schizophrénique.

Dans quel sens est-ce une adaptation ?

On considère qu’il y a intérêt à ce que les gens bougent dès maintenant pour se mettre à l’abri. Par cette migration anticipative, on va identifier une série de zones qui seront demain inondées ou asséchées, et encourager les habitants à se déplacer dès à présent. Il y a aussi l’idée de migrations saisonnières ou pendulaires pour permettre aux personnes de diversifier leurs revenus, pour alléger la pression démographique sur les ressources pendant certaines saisons. En Afrique subsaharienne, pendant la saison sèche, des gens vont en ville trouver un petit boulot dans la construction par exemple, toucher des revenus additionnels et les ramener à leur famille. De la même manière, les migrants à l’international vont renvoyer des remises d’épargne qui constituent une forme d’assurance pour la famille restée au pays dans l’hypothèse de mauvaises récoltes.

La migration comme stratégie d’adaptation est une idée très présente dans les négociations internationales sur le climat. Elle est reconnue depuis le cadre de Cancùn en 2010, puis dans le Fonds vert. Gérard Collomb ne serait certainement pas très heureux de savoir qu’une partie de l’argent que la France va donner au Fonds vert va servir à encourager les migrations !

Comment expliquer ce paradoxe ?

Il y a une fracture complète entre les ministères de l’Intérieur, en charge des politiques migratoires, et les ministères de l’Environnement. Ce sont deux mondes différents, dans tous les pays. Mais au niveau national, les premiers l’emportent toujours sur les seconds.

Mais cette stratégie d’adaptation est-elle une bonne réponse ?

C’est une réponse qui est problématique à certains égards, notamment parce qu’elle tend à considérer les migrants comme des pions qu’on peut déplacer, d’une zone A vers une zone B.




C’est nier la liberté individuelle, y compris la liberté de rester là où l’on est. De surcroît, certains gouvernements pourraient en profiter pour déplacer manu militari des villages entiers en prétextant une mise à l’abri.

Surtout, cela dépolitise la migration, en gommant le caractère de persécution qu’on inflige à ces populations. Il est essentiel de ne pas mettre de côté les causes de cette migration : nos émissions de gaz à effet de serre.



Propos recueillis par Hervé Kempf et Lorène Lavocat